The regime change : une des facettes de la guerre de 4ème génération version impérialiste

Le concept de guerre de 4ème génération sur lequel nous reviendrons plus bas, englobe plusieurs facettes in fine dont « la guerre asymétrique » contre ce qu’on appelle le terrorisme, « la guerre dissymétrique » comme la résistance héroïque de Vietnamiens contre les Américains, « la guerre de basse intensité », et ce qui nous intéresse ici à savoir « the regime change ».

Dans sa boulimie prédatrice et dominatrice, l’axe impérialiste occidental a eu conscience que malgré sa suprématie technologique et militaire, il lui manque des hommes pour occuper militairement les pays conquis et exploiter leurs ressources convoitées. Ce n’est pas une nouveauté en réalité. Le néocolonialisme par dirigeant imposé semble plus rentable que la colonisation directe qui est grevée d’un rejet légitime de la part des peuples dominés.

C’est à la fin de la guerre froide que le stratège militaire américain William Lind a mis au point le concept de « fourth generation warfare » en abrégé 4GW. Le cas qui nous intéresse ici concerne la facette de l’instrumentalisation de l’opposition interne du pays cible. Le but est de faire des populations civiles des victimes consentantes de leur propre domination par l’Etat ennemi. Les derniers exemples sont la RCI, la Libye, la Syrie, l’Ukraine…

Auparavant, les stratégies militaires peuvent être classées comme suit :

Une première génération consistait en des face-à-face sur des lignes de front comme ce fut le cas lors de la grande guerre européenne de 14 -18 avec ses tranchées où des progressions de quelques mètres prenaient plusieurs mois au prix de plusieurs victimes parmi les soldats. Il s’y associait des pénétrations de colonnes de troupes parfois pour encercler l’ennemi. Les champs de bataille de la Somme en France avec le parcours du souvenir et les dizaines de cimetières militaires sont encore présents.

La deuxième génération est ce qui est encore enseigné dans les écoles guerre sous cet aphorisme « qui maîtrise les airs, maîtrise le sol ». C’est une sorte de tactique lâche qui consiste à bombarder par avions et missiles puis une fois l’ennemi détruit, on débarque pour occuper les lieux. Cela fait beaucoup de victimes innocentes même si des experts en communication ont inventé le concept de « frappes chirurgicales » qui ne veut rien dire. On peut consulter les images apocalyptiques de Syrte en Libye pour se demander ce qu’il y a de chirurgical dessus. Et puis il faut des troupes en quantité suffisante pour garantir l’occupation effective. Il faudra faire face ensuite à l’hostilité des populations conquises. C’est la méthode de prédilection des occidentaux dont l’opinion publique ne tolère pas la perte de soldats en terre étrangère alors que leur pays n’est pas attaqué. C’est le cas en Iraq et en Afghanistan sous Bush.

La troisième génération est une invention pure du génie militaire de la Werhmacht et l’œuvre de son stratège Heinz Guderian. Il s’agit de la fameuse « guerre flash » ou « guerre éclair » ou « Blitzkrieg ». La France qui a été mal inspirée de déclarer la guerre à son voisin allemand en 40 en a fait l’amère expérience lorsque seulement en 14 jours elle a été battue et entièrement occupée durant 4 ans jusqu’à la libération. La puissance de feu des Allemands était déjà connue lors de la grande guerre de 14 - 18 où une ville de la Somme au nord de la France qui s’appelle Bouchavesnes-Bergen a été littéralement rasée en 15 minutes chrono.

Le scénario simplifié de la 4GW est le suivant :

On récupère un mécontentement interne qu’on exacerbe, on manipule et on instrumentalise. On finance une opposition quelle que soit sa représentativité. On l’aide avec une propagande des média meanstream à organiser des manifestations contre le régime que l’on veut renverser. A partir de ce moment, plusieurs stratégies sont utilisées. Soit on arme les manifestants, soit on envoie des snipers mercenaires qui vont faire quelques morts lors des manifestations qui vont dès lors être présentées comme pacifiques avec une répression sanglante du régime à abattre. Au besoin des images de Hollywood truquées sont utilisées pour mobiliser l’opinion mondiale et le peuple victime contre ses dirigeants. Pendant ce temps on évoque l’avenir du pays sans le dirigeant visé, l’envoi de « forces de paix » avec de préférence un blanc-seing de l’ONU, une mission humanitaire pour acheminer du matériel aux « insurgés »… L’exemple de la Libye avec de fausses images de la chute de Tripoli avant l’heure démoralisant une partie des combattants de l’armée régulière est éloquent. On a également les morts de la place Maïdan en Ukraine dus à des snipers mystérieux. Quant aux images des mobilisations des fameux « vendredis de colère » à la sortie des mosquées à Damas au début, on sait maintenant selon des témoins que les attroupements étaient payés 15 dollars par figurine le temps de la prise des images destinées à désinformer l’opinion mondiale sur la prétendue révolution en Syrie. Or l’histoire de l’humanité ne connaît pas de révolution qui ait duré plus de trois ans ! Le mensonge est désormais nu. Et ce n’est pas le départ un jour de Bachar El Assad qui n’est pas éternel au pouvoir qui nous convaincra du contraire.

De la même manière que al Qaïda a été leur supplétif en Afghanistan pour combattre les Soviétiques, il n’est pas exclu que derrière les condamnations, le Boko Haram soit leur émanation pour affaiblir le géant nigérian qui est on le sait maintenant depuis longtemps la première puissance économique du continent africain. Les agissements de ce groupe sont connus maintenant au Cameroun.

Que faire devant cette nouvelle forme de conquête pour protéger la stabilité des pays africains ? C’est simple. Il faut utiliser les mêmes méthodes de déstabilisations. La diaspora africaine compte des laissés pour compte partout au sein des pays fauteurs de troubles. Il faut les financer pour les brandir comme menace. Et au niveau des relations entre Etat, le discours devra être « Si vous nous emmerdez, nous vous emmerderons ». Ça peut faire réfléchir car des mécontents, il y en a dans tous les pays. La France par exemple n’acceptera pas de payer tous les jours le prix des événements des banlieues de fin 2005.

DR Guy ALOVOR