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Le JUJU du collectif "WÊKÊ!"

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Masque et horloge © Collectif

Le collectif « Wêkê ! » c’est deux jeunes femmes : Delphine Klos et Oloo Bwemba, à l’origine des Métamorphoses de JUJU. L’une est française et l’autre camerounaise, à travers leurs images elles interrogent leurs histoires coloniales.

« Nos photographies qui mettent en scène une femme noire, toujours flanquée de la mort symbolisée par le masque, le crâne, ou la statuette, sont une réflexion sur les victimes de la domination culturelle occidentale. Dans Les Métamorphoses de JUJU, il s’agit de « l’Art nègre » et l’Homme noir ».

Les Métamorphoses de JUJU

C’est la mise en scène de ces photographies qui joue le rôle du dominateur. Les décors et les attitudes du personnage font souvent allusion à certains thèmes de l’art occidental : le nu féminin, le christ en croix – avec un petit air de Joséphine Baker. La photographie ethnographique a quant à elle inspirée les portraits de pied, réalisés au Jardin de l’observatoire de Toulouse.

Selon leurs propres termes, l’art africain est aujourd’hui « un symbole de l’anéantissement des souverainetés africaines ». Elles rapprochent les avatars subis par l’art africain dans les musées –noircissement des bois, enlèvement des patines, des tissus, ou des plumes- pour séduire l’esthète occidental, à « l’assimilation à la française ».

« Nous y voyons une certaine tendance à nier l’altérité et à étouffer la différence. »
L’étouffement et l’oppression du personnage qu’incarne Oloo Bwemba, sont matérialisés par des ambiances sombres et parfois caverneuses d’où elle émerge, accompagnée de la mort symbolisée par un masque, une statuette, ou un crâne. La composition des images frontale et minimaliste, joue de ces symboles forts et de la lumière pour offrir une œuvre politique qui ne néglige pas la recherche esthétique.

Douala, Toulouse

A Toulouse leur travail a d’abord été montré à l’université du Mirail. Si c’est un endroit approprié pour aborder un tel sujet, elles avouent qu’elles préfèrent exposer dans la rue. C’est ce qu’elles ont d’ailleurs fait au mois de Décembre 2010 au Cameroun. Trois fois, elles ont recouvert les murs de Douala, capitale économique du pays, de leurs affiches.

Delphine Klos la photographe explique « il est vrai que nous avions une certaine appréhension. On nous a souvent demandé si nous pensions que le public là bas s’intéresserait à nos photos, s’il comprendrait notre propos. Oloo qui est camerounaise n’avait pas l’air de s’inquiéter, je n’avais moi-même aucune raison de m’inquiéter. Nous avions travaillé pour que les images soient lisibles et ouvertes à l’interprétation. Oloo rajoute néanmoins « Nous nous sommes préparées en conséquence. Mais au bout d’une semaine, nous avons bien compris qu’il ne nous arriverait absolument rien. La première exposition sauvage a été préparée en cachette. Tôt le matin, nous avons « attaqué » une rue menant à un collège lycée, deux écoles primaires et une école maternelle. C’est pas au centre culturel français que nous aurions trouvé un tel public, tout âge, toutes classes sociales. »

Les deux jeunes femmes n’ont pas fait de prison, pour avoir mis des photos d’une femme nue dans les rues en Afrique. Au contraire, les deux autres expositions qu’elles ont faites, se sont déroulées dans des espaces ouverts, avec la bénédiction des propriétaires des murs. La suite sur les murs de Toulouse ?

Plus d'infos sur le collectif "WÊKÊ" : http://www.juju-weke.org/

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