Africain Intellectuellement Aliéné (AIA)

L'Africain intellectuellement aliéné  a développé certains réflexes. Quand son frère critique l'impérialisme occidental, « l'Africain intellectuellement aliéné » le traite de radical sinon de raciste. Quand son frère expose les stratégies de domination mises en place contre l'Afrique, « l'Africain intellectuellement aliéné » parle de « théories de complot ». Il répète à l'envie tout ce qu'il entend dans les médias et dans les institutions académiques occidentales sans un minimum d'esprit critique.

Pour « l'Africain intellectuellement aliéné », les Africains sont les responsables premiers de tout ce qui leur arrive : « Arrêtons de critiquer les Occidentaux, c’est nous-mêmes, arrêtons d’accuser les blancs, etc. » A les écouter, c'est comme s'il n'existe plus d'évènements historiques en fonction desquels une situation se détermine. Loin de moi toute idée de nous dédouaner de tout ce qui arrive à notre continent. La causalité historique est très importante pour comprendre l'histoire de manière objective. « L'africain intellectuellement aliéné » est le courroie de transmission par excellence de l'idéologie dominante. J'entends beaucoup dire que la période coloniale était meilleure que la période post-coloniale. Pour vous convaincre, on produit des statiques imbéciles ne reposant sur rien. L'important est d'enfoncer dans la tête de l'ex-colonisé les « bienfaits » imaginaires de l'esclavage que les colons ont renommé « colonisation ».

« Quand on réfléchit aux efforts qui ont été déployés pour réaliser l'aliénation culturelle si caractéristique de l’époque coloniale, écrit Frantz Fanon, on comprend que rien n'a été fait au hasard et que le résultat global recherché par la domination coloniale était bien de convaincre les indigènes que le colonialisme devait les arracher à la nuit. Le résultat consciemment recherché par le colonialisme était d'enfoncer dans la tête des indigènes que le départ du colon signifierait pour eux retour à la barbarie, encanaillement, et animalisation ».

Quand il interroge l'histoire, « L'africain intellectuellement aliéné » se limite aux clichés imposés par l'idéologie dominante. Il n' y a donc point de salut en dehors de la «démocratie de marché et des cimetières» autrement appelée « capitalisme ». Quand les impérialistes tuent ses frères et sœurs et pillent son pays, « L'africain intellectuellement aliéné » répond en déclarant haut et fort que «les états n'ont pas d'amis, juste des intérêts». L'extermination de ses frères africains devient donc une logique normale dans un monde remplis de fous et fait d'intérêts. Il a intériorisé les valeurs les plus démoniaques de la «démocratie des marchés et des cimetières». Ces « Africains intellectuellement aliénés » participent non seulement à "l’occidentalisation" de l’Afrique moderne, mais en plus, sont incapables de produire les réponses idéologico-culturelles dont le monde africain contemporain a besoin pour se défendre contre l’impérialisme occidental en général et américain en particulier. Pire, ils participent objectivement au renforcement de cet impérialisme en agissant comme ses représentant locaux. Ainsi, lorsque Patrick Mbeko et d'autres critiquent cet impérialisme nauséabond, ces scribes au service de la pensée dominante, intellectuellement soumis et aliénés et culturellement morts, les critiquent, les traitent de tous les noms d'oiseaux et les qualifient "d'anti-blancs" pour ne pas dire racistes. Or il n' a jamais été question de race. Car on n’a pas à être Blanc pour défendre les Blancs et Noirs pour défendre les Noirs. Hitler n’avait pas à être Noir pour s’attaquer à des Blancs. Il n’a jamais été question de race mais de pouvoir, d’intérêts parfois diaboliques, mêlant suzerain et vassaux contre le petit peuple. Dans ce jeu vicieux, seuls les puissants imposent la feuille de route, se retrouvent au cœur des événements avant d'imposer leur propre narration de l'Histoire. Sur ce, je bois mon lait...

Patrick Mbeko