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Back Culture Congo (RDC) Jupiter et les Okwess Internationnal, le nouveau son du Congo

Jupiter et les Okwess Internationnal, le nouveau son du Congo

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Jupiter Bokondji ©Bénédicte de la Taille

Jupiter est l'un des génies que couve la mégapole de Kinshasa, où il est né en 1963. Dans la rue, personne n’aurait l’idée de l’appeler Jean-Pierre. « On m’appelle : Jupiter, Monument vivant, Général rebelle, l’Espoir de la jeunesse, Prophète de la musique congolaise… J’accepte tous ces surnoms ! ». Présentation d'un vrai original.

La musique que Jupiter concocte avec son groupe, Okwess International, peut être qualifiée de transe expérimentale. Ce son à nul autre pareil a fait les délices de Damon Albarn lors de l’opération Congo Music – Kinshasa One Two en 2011. Rassemblant un écheveau serré de patterns rythmiques, Jupiter crée un électrochoc à l’aide d’un condensé de transe traditionnelle digérée à la mode kinoise. « Toutes les cultures se retrouvent à Kinshasa. En cas de deuil dans une famille, les parents viennent jouer la musique de son ethnie. J’ai commencé par aller y vivre mes expériences, y nourrir mes connaissances. Puis j’ai cherché ce qui était à la base de chaque rythme, de chaque percussion. Bases que j’ai transposées sur des guitares. C’est ainsi que nous avons construit notre son et qu’il s’est étoffé. »

Jupiter est issu d’une famille appartenant à l’ethnie mongo. Au-delà du kimongo, sa langue de prédilection, il aime faire sonner le tshiluba, le kikongo ou le baluba dans ses chansons. En français, il assène des messages cinglants, rédhibitoires. « L’homme ne pleure pas. Il souffre. Mais il se bat ! » (Man No Cry Djwende Talelaka). Une sentence traduisant cet esprit typique à Kinshasa qui illumine les tableaux de Chéri Samba. Ou encore : « Les Blancs sont venus nous civiliser. Ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Quand on les a rouverts, ils avaient notre terre et nous avions la Bible » (Civilisé). Appris à Berlin, l’allemand lui sert aussi de coquetterie tonitruante. Der world ist mein, sa chanson la plus situationniste, évoque ses années de lycée passées à Berlin-Est, chez son père diplomate. La seule école française se trouvant à l’Ouest, chaque jour il passait le Mur. À ses petits camarades qui le traitaient de « nègre », il balançait en pied-de-nez que, contrairement à eux, il était libre de passer le Mur comme bon lui semblait…

De retour au Congo en 1980, son père refuse de voir Jean-Pierre embrasser la musique. Le voici à la rue pendant deux ans, avant d’être récupéré par sa mère, fille d’une guérisseuse réputée du zebola, rite, rythme et danse de possession des Mongo. « J’ai dit à mon père que l’école ne me disait plus rien. Et j’ai créé mon premier groupe, Bongo Folk (le Peuple du Tam-tam), en 1983. » Pendant 20 ans, on va lui reprocher de faire une musique de Blanc. Mais, comme son modèle Ray Lema, Jupiter ne baisse pas les bras. Il fonde Okwes (« nourriture » en kimbunda) en 1995, dispersé puis remonté avec son neveu Yende en 2003. C’est alors la rencontre décisive avec Renaud Barret et Florent de La Tullaye. La danse de Jupiter, qui lui est consacré, sera le premier film des découvreurs de Staff Benda Bilili. « On savait que Jupiter & Okwess International était le meilleur groupe de Kinshasa, dit Florent. Il était prêt, mûr, mais il fallait des moyens pour le faire savoir. Grâce au succès du film Benda Bilili ! et à notre association avec Marc-Antoine Moreau, de All Other (Amadou & Mariam), on a pu enregistrer l’album Hôtel Univers. » Ce bijou, qui paraît après l’implosion du Staff, met enfin Jupiter sur orbite.

source : www.mondomix.com/

François Bensignor