Confrèrie des chasseurs et humanisme Africain

Chaseurs

L'origine des confréries de chasseurs en Afrique noire remonterait à la vallée du Nil.
Durant l'Égypte antique, les castes socio-professionnelles étaient nombreuses, mais en particulier on pouvait distinguer trois grandes classes : les nobles, les artisans, les serviles.
Les sociétés ouest-africaines ont hérité de ce schéma social, tout comme du matriarcat, du totémisme, entre autres, et également des confréries ésotériques de chasseurs, religieuses, danseurs, tout étant fondé sur la profession.
Le fondateur de l'Empire du Mali, Soundiata Keïta, était, avant de devenir Mansa, membre d'une confrérie de chasseurs dont il fut nommé maître, d'où son surnom Simbo. Son corps militaire était surtout composé de chasseurs.

 

Au-delà de la Charte du Mandé qui émane de la Confrérie des Chasseurs et du règne de l'empereur Soundiata Kéita, il existe toute une tradition et une mythologie du chasseur au Mali.
Au Mali, contrairement au sorcier, habituellement craint et isolé dont on se méfie (à tort ou à raison), le chasseur, le "donzo", vit dans et pour la société, même s'il lui arrive de se retirer et s'isoler en forêt ou en brousse.
Pour la Confrérie des Chasseurs, la première quête est celle du savoir, non le savoir encyclopédique, mais la connaissance pratique de la nature et des hommes, c'est-à-dire de soi-même.
Pour les chasseurs enfin, l'ignorance (de soi, des autres et des choses) est à l'origine de l'essentiel des conflits opposant les hommes et les pays.
Le contact de l'autre justifie sa propre existence (différence essentielle avec le sorcier qui fuit la société et que l'on fuit).

 

ÊTRE CHASSEUR !


Chasseur des temps anciens
Chasseur des temps jadis !

Héros civilisateur
Guerrier itinérant
Fondateur de cités, de royaumes et d'empires.

Mâle éminent, téméraire et bon
Homme des espaces incultes
Docte des choses cachées et sacrées

Être chasseur en ces temps d'aujourd'hui
En ces temps de déperdition où tout s'effrite et tombe
Où le gibier ne court plus la brousse désolée
Où la terre se languit de l'homme
Où les cieux sont avares d'eaux
Et prodigues en souffles ravageurs

Être chasseur, c'est s'accrocher à un idéal
Devenir frère des chasseurs du monde entier
Croire en la vie
Avoir une vision autre des choses et des êtres


Être chasseur, c'est adhérer à une idéologie
C'est choisir une voie, un sentier
Peiner pour son accomplissement
Renforcer ses principes spirituels
Verser l'eau pour rafraîchir l'âme des ancêtres

Être chasseur, c'est engager la quête permanente du savoir
Oublier ce que l'on est et devenir le frère de l'homme
Donner le meilleur de soi à sa communauté


Être chasseur, c'est protéger le faible contre l'arbitraire
Défendre la justice, les règles sociales, la vie
Pourvoir aux besoins des nécessiteux
Assister l'orphelin et aider la veuve éplorée

Être chasseur, c'est endurer les peines et les souffrances
S'engager dans la brousse orpheline et inhospitalière
Endurer les piqûres d'insectes, le froid et le soleil
Affronter la bête dans un combat singulier
Endurer la faim et la soif
Pour satisfaire l'autre faim, l'autre soif

Être chasseur, c'est aimer
Se dévouer pour les causes justes
C'est opter pour l'éclatement de la vérité en tout lieu

Être chasseur, c'est être humble
Discipliné, pondéré et affable
C'est protéger sa patrie, sa famille
C'est maîtriser ses inclinations naturelles, ses pulsions continuelles

Être chasseur, c'est être un homme des temps
Un homme de son temps.


Fodé Moussa Sidibé



(Source : La Chasse traditionnelle en Afrique de l’Ouest d’hier à aujourd’hui
Ministère de la Culture du Mali)