Africa Libré

L'autre actualité africaine

Fri10182019

Last update06:17:28 AM GMT

Back Culture Mali Morale et Politique

Morale et Politique

  • PDF
Socrate


L'habitude de considérer la politique sous les catégories morales du bien et du mal (comme les idées de droit et de justice) est une attitude qui passe pour digne alors qu'elle est surtout paresseuse, puisqu'elle évite l'effort de faire des distinctions.

Par commodité, on place tout sous la tutelle de la morale : politique, économie, problèmes sociaux, juridiques, psychologiques...

Dans l'Antiquité, Aristote distinguait déjà deux vertus : - la vertu morale de l'homme de bien, qui vise la perfection individuelle, l'accomplissement de soi, la maîtrise de ses désirs et représentations - la vertu civique du citoyen, son aptitude à commander et à obéir, à aller dans le sens du salut de la communauté tout entière.

De nombreuses idéologies ont fait et font encore croire à une société parfaitement ordonnée ou à une réconciliation complète des hommes entre eux, à une réalisation optimale de la justice, de l'égalité, voire à l'établissement d'un ordre moral parfait (religion chrétienne, philosophie kantienne, nazisme, communisme, altermondialisme).

On le voit, l'identification de la morale et de la politique peuvent conduire à la tyrannie et au totalitarisme : - combat du bien et du mal, - diabolisation de l'ennemi, - programme d'anéantissement de ceux qui s'opposent au bonheur de l'humanité ou du peuple.

La loi morale est autonome, car nous obéissons à une obligation que nous nous sommes imposés à nous-mêmes, même si, comme pour la religion, l'obligation n'est jamais purement individuelle : les croyances religieuses auxquelles nous nous soumettons viennent de la société à laquelle nous appartenons.

Mais cette soumission est médiatisée par l'adhésion individuelle qui nous fait sentir que nous sommes librement croyants.

La morale, comme la religion, est affaire de soumission librement consentie.

En revanche, en politique, nous nous soumettons immédiatement à une règle imposée de l'extérieur (Roi, Gouvernement, Etat), avec ou sans notre consentement, même si toute société produit du consentement : toute politique essaye d'obtenir l'adhésion des citoyens : même Staline et Hitler se soucient de persuader.

La politique est donc davantage une affaire de contrainte (un peu comme les nécessités de la nature et les lois scientifiques appelées à tort «lois de la nature») qu'une affaire d'adhésion libre.

Il existe un art politique au sens où il y a relation du moyen à la fin (comme les beaux-arts ou les arts mécaniques).

Il ne fait aucun doute qu'il existe hors ce cercle des gens extrêmement doués pour le service de l'Etat ; cependant, hormis les cas exceptionnels, l'Etat ne peut les choisir parce qu'il ne les connaît pas et que la sélection, sans une connaissance approfondie et sans la garantie que la formation prescrite est acquise, serait risquée et pourrait apporter le désordre.

L'aptitude au service de l'Etat consiste pour l'essentiel à savoir exécuter avec zèle la partie sans connaître sa relation au tout.

Il est vrai que la politique peut feindre de se mettre au service de la race, le divin, l'économie, l'humanité.


La politique peut-elle se passer de la morale ?

La politique désigne la science ou l'art de gouverner, ou encore l'action politique elle-même, qui vise à l'exercice ou la conquête du pouvoir.

Cela sous-entend la mise en place de règles, de lois et se rapproche de ce fait assez de la définition de la morale qui elle, désigne la science ou théorie du bien et du mal aboutissant à des énoncés normatifs, des règles de conduites considérées comme universellement valables.

Pourtant cette définition semble problématique tant il est courant d'opposer politique et morale.

Tout du moins, sur le plan théorique, les considère-t-on volontiers comme étrangères l'une de l'autre, comme appartenant à deux domaines bien différents.

L'enjeu revient ici à étudier l'essence de l'activité politique, à mener une réflexion sur ce qu'est la politique à ce qu'elle devrait être.

A analyser le décalage entre les deux positions.

Le politicien, n'est qu'opportuniste, usant de la morale comme d'un marteau, un outil indispensable à l'obtention de son seul et unique but, le pouvoir.

C'est l'idée développée par Machiavel "En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal."

Se déresponsabilisant de ce fait auprès de son peuple, des agissements de son ministre, il apparait finalement comme un être bon et juste.

La morale aurait donc pour seule valeur politique la manipulation d'autrui, tel un masque que l'on prend ou que l'on jette en fonction des circonstances et du contexte politique, idée rejointe par Kant au travers de l'expression d'une morale purement politique, chose qu'il explicite autour des notions : «Fac et excusa», «Si fecisti nega» ou encore «Divide et impera» que sont alors selon lui les principes (appliqués) des grandes puissances, qui loin d'en avoir honte, ne rougissent que de leur echec, d'un but inaccompli.

A contrario  l'homme politique est celui qui se propose d'élaborer le monde à venir, il se veut donc futuriste et ambitieux, la morale est donc par définition un obstacle à la politique ; car basée sur des notions diamétralement opposées elle s'appuie ainsi sur des valeurs héritées du passé et empêche le bon exercice de l'action politique.


PP membre du MAP