La culture africaine, défis et perspectives (part 1)

Le vertigineux progrès que connaît le monde présent semble avoir pour toile de fond le brassage culturel. Toutes les entreprises humaines se dessinent sur la base de la culture devenue pluridimensionnelle. Toutes fois, dans leurs diversités, les cultures cherchent à se compléter et à se phagocyter les unes les autres. La dimension sociale de la réalisation humaine a fait qu'aujourd'hui aucune culture ne peut vivre en autarcie.

Cependant, au rendez-vous du donner et du recevoir culturel, celle-ci revêt un nouveau visage. Le choc culturel, ce « sentiment de profonde désorientation qu'éprouvent les personnes et les groupes mis soudainement en contact avec un milieu culturel dont les traits se révèlent inconnus, incompréhensibles, menaçants », a provoqué dans nos sociétés modernes des grandes mutations laissant place à l'érosion des valeurs morales, à la perte d'identité culturelle et au déséquilibre interne.

Au rythme du brassage culturel, on est porté à croire qu'à la longue, la culture des peuples africains risquerait de disparaître du fait de sa marginalisation, de son abandon par la complicité des Africains eux-mêmes au profit d'une culture pseudo occidentale. En effet, le choc cultuel a apporté un déplacement de sens : les Africains ne sont plus eux-mêmes parce que victimes d'une aliénation culturelle causée par un regard tourné vers l'extérieur qui a fini par endormir les consciences et par jouer le rôle de « l'opium du peuple » au point de constater que « la plupart des Noirs ont honte d'être noirs, une honte secrète qu'ils ne font pas la leur, mais qui hante jusqu'à leur fierté. » Ce constat est pertinent à plus d'un titre ; car nombre d'Africains fuient aujourd'hui leur identité, leur réalité culturelle. Nombre sont ceux qui ne savent rien de leur culture, de leur langue maternelle. La société africaine d'aujourd'hui nous fabrique des déracinés, des aliénés et acculturés de toute sorte autant que nous les voudrions.

Dans une Afrique duale qui a encore la nostalgie du passée et qui embrasse le modernisme dans toutes ses dimensions sans esprit critique, avec parfois l'apparition des élites déracinés, assimilés, extraverties, et coupées de leur peuple, plongée dans « une vision déformée et déformante des réalités culturelles du continent », des inquiétudes planent sur le devenir socio-culturel africain. L'entrée de l'Afrique dans le nouveau village planétaire est perplexe. La rencontre avec la prochaine histoire est un marché où l'Afrique ne sera qu'une pure consommatrice portant sur son dos une culture amoindrie. Dans cette Afrique se dessine un paradoxe qui fait qu'on ne sait plus quelle voie emprunter. Car « à ne pas vouloir sortir des sentiers battus, à ne pas oser plonger dans les eaux profondes, pour y jeter nos filets , nous nous contenterons des fretins du rivage et demeurerons des pêcheurs infirmes, tournant sur nous-mêmes, sans jamais affronter les courants contraires et les vents du large. »

Devant cette crise d'identité culturelle qui jonche nos rapports sociaux une question. Que deviendra la culture africaine face à cette influence imposante de la culture occidentale ? Faudrait-il rester bouche close devant cette désorientation totale qu'a engendrée le choc culturel dans nos familles ? Comment donc passer les yeux fermés quand, sur nos routes quotidiennes, nous rencontrons nombre d'Africains, tant de jeunes et adultes déracinés et quand nous sommes en face des gens qui ne veulent même pas entendre parler une quelconque langue africaine pour se réclamer d'une culture dont les tenants et les aboutissants leur sont inconnus ? N'est-il pas temps pour le continent noir de réviser sa politique culturelle comme l'ont fait les nouveaux pays industrialisés d'Asie et d'orienter autrement la question de son développement qui ne saurait passer de sa culture ? N'est-il pas temps pour elle de repenser sa culture pour son insertion dans la modernité, de faire une analyse objective de son passé, une critique rigoureuse de son présent pour déterminer la voie de l'avenir, de faire un retour à sa source culturelle pour y puiser les valeurs humaines, ultimes et passer au modernisme sans s'aliéner ?

Face à l'assaut direct et brutal des schèmes culturels différents, l'Africain se trouve aujourd'hui pris au piège de tant de pseudo-valeurs qui le dépersonnalisent ; il y a une nécessité de prendre une part importante au réveil des consciences pour une révolution culturelle africaine humaniste.

Sources: MBUMUA W. E., Démocratiser la culture, POUNOUKOU E. J., Église d'Afrique, Propositions pour l'avenir, mémoire de fin de cycle de Philosophie presenté au Grand Séminaire Saint Augustin de Maroua