Ou va le coton ouest-africain ?

Coton Bio au Bénin

La filière doit de réformer sous peine de disparaître.

Depuis 2004, la filière coton de l’Afrique de l’Ouest est confrontée « à une crise profonde et multiforme », indiquait en mars 2010 l’Association cotonnière africaine (ACA) lors de ses huitièmes journées à Yaoundé. Entre les campagnes 2004-2005 et 2008-2009, la production a chuté de moitié, passant de 1,2 million de tonnes à 600 000 tonnes. Au niveau international, les cours mondiaux ont connu une forte tendance baissière entre 1995 et 2009, avant de se redresser. En parallèle, la part de « l’or blanc » dans la consommation totale de fibres textiles n’a cessé de régresser, de 52 % en 1975 à 35 % en 2010. Par ailleurs, Les producteurs africains se plaignent également de subir les conséquences des subventions accordées par les nations industrialisées à leurs filières en favorisant le maintien de la production dans des pays où les coûts moyens de production sont supérieurs aux prix du marché. Selon l’International Cotton Advisory Committee (Icac), ces subventions s’élevaient à 4,7 milliards de dollars en 2009-2010, contre 6,2 milliards la campagne précédente. Aux Etats-Unis, elles ont chuté dans le même temps de 3,2 à 1,8 milliards de dollars. La plainte déposée devant l'organe de règlement des différends de l'OMC, par le Burkina Faso, le Mali, le Bénin et le Tchad (C4), contre ces subventions, n’a toujours pas abouti.


Le coton constitue un enjeu économique et social majeur pour les producteurs ouest-africains. « L’or blanc » représente près de 50 % des recettes d’exportation du Burkina Faso et du Bénin et fait vivre directement ou indirectement plusieurs millions de personnes. Il joue également « un rôle stratégique pour la sécurité alimentaire en tant que moyen d’entraînement des productions vivrières » et pour le développement rural, soulignent Léonidas Hitimana et Jean Sibiri Zoundi, secrétaires du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE. Mais la focalisation sur les subventions ne doit pas masquer les défis structurels majeurs de la filière. « L’Afrique reste à la traine et l’écart technologique en comparaison avec les pays concurrents justifie la faible croissance des rendements en Afrique de l’Ouest. » A l’exception de l’Afrique du Sud, seul le Burkina Faso a adopté le coton transgénique en 2008. L’année suivante, un quart des superficies cultivées en coton Bt, soit 100 000 hectares, l’était au pays des Hommes intègres. En Inde, les rendements moyens sont passés de 302 kilogrammes par hectare en 2003 à 560 kilogrammes grâce à l’adoption du coton transgénique. Entre 1995 et 2009, les rendements des producteurs ouest-africains baissaient de 400 à 300 kilogrammes par hectare. « La faiblesse des investissements dans la recherche » et « le système de production pluvial expliqueraient en grande partie ces faibles performances »

Récolté à la main, le coton ouest-africain possède une bonne réputation pour sa qualité hautement appréciée sur le marché chinois, sa principale destination. Aujourd’hui, à peine 2 % de la production d’Afrique de l’Ouest est transformé localement. Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), sur les 41 unités de transformation dénombrées en 1980, seulement une vingtaine étaient encore fonctionnelles en 2006 », rappelle Ousseni Illy, un docteur en droit international économique. La production locale de textile ne couvre que 17 % des besoins de la sous-région, le restant provenant massivement de produits en provenance d’Asie et dans une moindre mesure d’articles de friperie venant des pays développés.

Pourtant, l’Uemoa s’était engagé en 2003 à reconstruire et à renforcer l’industrie textile locale par un plan stratégique de développement de la filière coton-textile. Un objectif de transformation de 25 % de la production régionale avait été fixé pour l’horizon 2010. En mars 2010, l’ACA avait évoqué la mise en place de plans stratégiques régionaux et la création de pôles industriels textiles. Rien de bien nouveau. Déjà en 2004, le président malien Amadou Toumani Touré déclarait que « la transformation du coton est une impérieuse nécessité pour la survie de la filière coton en Afrique de l’Ouest ». Lors d’une réunion à Ouagadougou en novembre dernier, le commissaire du département du Développement de l’entreprise, des Télécommunications et de l’Energie de l’Uemoa reconnaissait que les résultats obtenus dans la mise en œuvre du plan étaient « en deçà des attentes ». La qualité de la fibre et la disponibilité d’une main d’œuvre bon marché constituent pourtant des atouts importants pour une industrie textile dynamique en Afrique de l’Ouest, auxquels s’ajoute une forte demande potentielle liée à une démographie en nette expansion

Pascal Coesnon