Facebook : du fiasco au scandale

Les soupçons se portent désormais sur le directeur financier du réseau social. Plusieurs enquêtes et actions en justice ont été lancées après l'introduction en Bourse ratée du site.
Historique par sa valorisation, l'introduction en Bourse de Facebook est en train de le devenir aussi pour les nombreuses irrégularités qui l'ont émaillée.
Au fiasco boursier pourrait même succéder un scandale financier.

Comment l'action la plus convoitée de l'année a-t-elle pu perdre près de 20 % en trois jours de cotation? Après avoir pointé du doigt la banque Morgan Stanley et la Bourse électronique Nasdaq, les soupçons se portent désormais sur le directeur financier de Facebook, David Ebersman. Selon le Wall Street Journal, il aurait pris pratiquement toutes les décisions relatives à l'introduction en Bourse, alors que les entreprises tendent à les déléguer à leur banque conseil. Et deux d'entre elles auraient été fatales au cours.

C'est aussi David Ebersman qui aurait décidé, trois jours avant l'introduction en Bourse de Facebook, d'augmenter de 25 % le nombre de titres offerts au marché, affirme le quotidien économique. Le directeur financier du réseau social aurait joué un rôle clé au moment de fixer le prix de l'action à 38 dollars, au plus haut d'une fourchette de prix déjà relevée.

Après s'être mis d'accord avec son banquier chez Morgan Stanley, David Ebersman aurait contacté les deux autres banques impliquées dans l'opération, Goldman Sachs et JPMorgan, pour avoir leur avis sur le prix proposé. Enfin, les membres du conseil d'administration ont été informés de son intention de rentrer à 38 dollars, lors d'une conférence téléphonique au cours de laquelle aucune objection n'a été formulée. Deux arbitrages qui ont limité, voire condamné la performance du titre en Bourse.
Prévisions de croissance révisées

Mais la responsabilité de David Ebersman pourrait aussi être engagée alors que les analystes financiers des trois banques conseil de Facebook ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance du réseau social, sans en informer les investisseurs externes. Reuters a, en effet, constaté que les chiffres révisés par les analystes de chacune des banques sont étonnamment proches, oscillant tous entre 4,82 et 4,85 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2012. Or, «il est impossible que les estimations soient aussi proches sans direction explicite donnée par Facebook. Il est impossible qu'un investisseur ait pu déduire ces informations du prospectus d'entrée en Bourse de Facebook», estime l'ancien analyste et patron de Business Insider, Henry Blodget.

Face à la polémique, le gendarme américain de la Bourse SEC a annoncé l'ouverture d'une enquête. L'instance d'autorégulation de Wall Street, la Financial Industry Regulatory Authority, va aussi étudier cette introduction. Enfin, le secrétaire d'État du Massachussetts a assigné Morgan Stanley. Cette dernière s'est défendue, dans un communiqué, d'avoir enfreint les règles et assure avoir tenu compte de la révision de ses prévisions au moment de fixer le prix de l'introduction en Bourse.

Son rôle, et celui des autres acteurs de ce sidérant feuilleton, va aussi être examiné en justice. Plusieurs plaintes en action collective visant Facebook, Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley, ont été déposées par des investisseurs mercredi. Un autre a attaqué le Nasdaq, estimant avoir été lésé par sa mauvaise gestion des transactions à l'introduction.

Une tournure des événements qui a presque occulté le fait que l'action Facebook est repartie, mercredi, à la hausse.