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Wed09202017

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Afrique média n'était finalement qu'un mort-né !

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La faiblesse des plus forts, dans les bagarres de rues, comme dans celles des salons feutrés ou du monde virtuel, est la démesure réactive, voire réactionnaire face à la moindre incartade et la mise en péril des socles constitutifs desdites forces. C'est comme recevoir un coup de couteau sur la tempe pour avoir dit un traditionnel « mouf ». L'art de la guerre ne consiste pas toujours à exposer les gros muscles pour ne jamais à avoir à les utiliser, mais justement s'en servir pour tuer dans l'œuf tout orgueil des dominés afin de les empêcher de rêver d'une éventuelle émancipation. Il importe donc, pour une bataille politiquement saine et moins susceptible de représailles, de structurer la résistance par toutes les formes de production et de reproduction que la généreuse nature a bien voulu concéder au continent africain, plutôt que de l'instrumentaliser.

A travers la fermeture d'Afrique Média, c'est la théorie qui Guy de Maupassant sur la« légèrement des peuples du monde » qui vient encore d'être mis en exergue cette fois-là au Cameroun. Si l'ordre dominant craint une chose, c'est bien la détermination d'un peuple à prendre son destin en main. Et ça, Yaoundé l'a toujours su, mais visiblement n'avait aucun intérêt à exploser le modus vivendi et ou le gentlemen agreement qu'il y avait entre elle et ses « créateurs », jusqu'à ce qu'elle se sente vraiment bousculée depuis l'escalade dans la guerre contre le Boko Haram, tributaire pour beaucoup de l'escalade médiatique constatée. Si « l'oppression est pour la tyrannie, ce que la propagande est pour la démocratie », faut-il encore qu'on y soit, et qu'on ait des outils d'une propagande subtile (ce qu'on appelle prosaïquement le professionnalisme médiatique) comme le fait France24 ou Radio France international dans la protection des intérêts français.

La problématique de la fermeture d'Afrique média n'est pas à aller comprendre dans les soubresauts inutiles et les batailles presque perdues d'avance entre un continent qui sait avoir la pauvreté d'esprit de croire se défendre efficacement avec les « armes » produites et fournies par l' « ennemi », mais, plutôt dans l'idéologie qui fonde la gouvernance dans nos pays, la perception que nos leaders ont, du pouvoir substantiel qu'ils en tirent, d'abord comme instrument de drainage des ressources de ceux qui les installent, curieusement au nom de la démocratie et plus tard, dans la gesticulation et dans la grande hypocrisie d'un panafricanisme, pour déconstruire symbolique les deals qu'ils auraient passés les mains liés. Les chemins qui mènent à la libération du joug de la domination de l'ordre impérial ne sont pas linéaires et rien n'exclut dans la complexité actuelle des accords ficelés généralement contre les peuples, que des réveils puissent naître d'une prise de conscience du leader lui-même.  Cependant, le cas Afrique Média est d'une banalité déconcertante.

Le choix d'un instrument de lutte procède de la maîtrise de l'ensemble des filières de ladite lutte depuis l'outil technologique, jusqu'au contrôle des réseaux endogènes et exogènes. Afrique Média a cru intelligent, de pourfendre grossièrement la France et ses leaders d'hier et d'aujourd'hui à partir d'un bouquet satellitaire français où il a été congédié et à raison. Le panafricanisme ne doit pas être une approche exclusivement tribunitienne de la construction du continent, mais une vision qui inclut que l'élément essentiel de la propagande anti-impérialisme sorte primo des fonts baptismaux, car le jour où les Russes feront la paix avec l'occident, le jour où la Chine se rendra compte de ce qu'elle perd avec trop effort et trop de plumes au passage, en se frottant au vieux continent, par rapport à ce qu'elle gagne en Afrique sans trop se salir, le choix s'imposera de lui-même, et on retournera tous à la case départ.

Afrique Média n'était qu'un mort-né. Le paravent d'un système interne qui a su "enjailler" l'ensemble du continent noir, pour mieux faire chanter, voire trembler la France en particulier, ses intérêts et curieusement beaucoup de leaders d'opinion africains qui pensaient ainsi défendre « leur Bifteck » ou  de façon sarcastique, mettre en lumière les turpitudes d'un média qui fait fi de l'ensemble des règles du métier, pour ne faire que dans le journalisme d'opinion, très complexe à cerner. Ce qui a d'ailleurs suscité la curiosité de Charles Mongue Mouyemé, repris par Mathias Owana Nguini sur les réseaux sociaux (facebook), lorsqu'il s'étonne de la « sous-traitance » comme stratégie de défense de l'ordre dominant face aux attaques médiatiques.

Yaoundé dans ce dossier est visiblement à plaindre pour avoir instauré dans la conscience collective, ce que Mouhamadou Houmfa appelle avec beaucoup de dérision, « le panafricanisme en carton ». C'est-à-dire un ensemble de piliers d'un combat somme toute légitime,  mais base sur des mobiles politiciens, conjoncturels et égoïstes, jamais sur des socles viables dont les peuples ont besoin pour épouser avec dignité leur passé, prendre avec responsabilité les douleurs du quotidien et rêver d'un avenir meilleur. C'est la seule explication plausible qu'on pourrait donner aux déclarations, politiquement très incorrects de Michaelle Jean lors de sa visite à ELECAM pendant son séjour officiel au Cameroun en avril dernier. En pleine crise d'egos et d'interprétation des textes, comme jamais l'institution n'avait connue de son jeune âge, la responsable en chef de  l'organisation en charge de la promotion de la Francophonie de part la monde, a pris sur elle de féliciter, sans les précautions habituelles en milieu diplomatique les dirigeants d'une institution qui n'arrivaient pas à se regarder dans les yeux, même pas pour plaire à celui qui leur a confié la mission de gérer un organe d'une partialité avérée.

L'adoubement dont le Régime avait tant besoin pour se projeter au-delà de 2018, ne souffrait plus des cautions indispensables pour les besoins de la cause et annonçait cerise sur le gâteau l'arrivée au Cameroun de François Hollande le tuteur, pour rassurer et « cimenter la place » de Paul Biya au demeurant. Sur le plan de l'analyse, Afrique Média n'est né que pour résoudre un problème ponctuel : celui de la menace de l'ébranlement d'une caste qui ne pense pas avoir achevé sa mission, face aux pressions exogènes qui viennent de s'estomper avec la remise de la gestion de la nationalité camerounaise à GEMALTO, au moment même où la guerre contre les islamistes changeait de visage pour se faire hybride avec d'un côté les incursions et des attentats kamikazes de l'autre. Et ce n'est pas un hasard si la monter de l'extrémisme médiatique est resté fortement corrélé aux différents visages de la guerre dans la partie Nord du Cameroun.

C'est exactement en cela qu'Afrique Média est un mort-né, parce qu'il n'a été qu'un « fromage » au bec du corbeau pour mieux rappeler au renard combien les « meilleurs élèves » sont aussi ceux-là qui savent le mieux manipuler les « outils du maître », pas dans l'intention de les confisquer parce qu'ils n'en ont pas encore la « capabilité », mais pour s'essayer à travers des jeux multiples et se donner un jour le courage d'en faire plus. Il revient donc aux pays voisins, abondamment cités dans l'actualité, de gérer aujourd'hui cette patate chaude en leurs convenances, quitte à refaire le même coup à Justin Tagou, qui n'aura plus que ses yeux pour aller pleurer au Zimbabwe. Afrique média est un mort-né qui n'a fait que rappeler à l'ensemble d'une famille endeuillée, la certitude d'une fécondité ex-post sûre.


Narcis Bangmo
Louvain-la-Neuve (Belgique)