La France soutient-elle la secte terroriste « Boko Haram »?

Honnêtement, je n’en sais rien. Et jusqu’ici, aucun élément probant en ma connaissance ne vient étayer cette thèse.

En revanche, il est essentiel pour tout Africain de savoir que ce que l’on appelle « terrorisme islamique » et/ou « international » est un segment important du capitalisme du désastre. On ne peut dissocier le terrorisme du fondamentalisme néolibéral.

La plupart des organisations terroristes, peu importe leur hostilité déclarée envers l’Occident, ont toujours été manipulées par les services spéciaux de ces mêmes puissances qu’elles prétendent combattre. Depuis 1979, l’alliance tissée entre Washington et l’islam radical n’a jamais été rompue, 11 septembre ou pas. Cette alliance, qui a servi contre l’Union soviétique en Afghanistan en 1979, est « mise à la sauce » aujourd’hui sur le continent africain par les États-Unis et leurs alliés européens pour atteindre des objectifs économiques et stratégiques.

Le cas de la mal nommée AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), un conglomérat mafieux non homogène, composé de bandes aux intérêts disparates, souvent rivales, parfois unies quand elles sont collectivement menacées, en est un exemple patent. On ne sait pas vraiment ce que c’est, et l’on doit se demander d’où vient cette dénomination. Surtout quand on sait que même le nom « Al-Qaida » n’a jamais été employé par Ben Laden de son vivant. Pour ce qui est de la secte Boko Haram, je dirai que si sa structure semble différente de celle d’AQMI, tout laisse penser que la mouvance terroriste, contrairement à ce que la plupart de mes frères camerounais pensent, est devenue, comme le fameux réseau Al-Qaida, un masque derrière lequel se dissimulent des acteurs divers aux objectifs multiples.

En d’autres termes, Boko Haram est devenu une franchise. N’importe quel service étatique ou organisation, désirant avancer ses cartes dans la région, peut s’en servir. Pour ainsi dire, Boko Haram peut se retrouver partout et nulle part et très vite se transformer, par exemple, en une rébellion armée contre l’un des régimes en place (au Cameroun, Nigéria ou Niger) ciblés par des services étatiques étrangers dissimulés derrière ce masque noir.

La stratégie de la tension et la militarisation de la région ( et de tout le continent) sont bien perceptibles. Il n’y pas que la France dans ce « grand jeu ». Il faut aussi et surtout compter avec les États-Unis (qui ont une base de drones de surveillance au Niger; drones qui n'ont par ailleurs jamais repéré un seul bandit de Boko Haram) qui ont eu l’honnêteté de nous dire que « Boko Haram n’était pas une priorité pour les États-Unis. »

La guerre pour le contrôle des ressources minérales africaines a déjà commencé. Les jours à venir risquent d’être extrêmement douloureux pour les populations africaines soumises à cette doctrine de « guerre contre la terreur » qui veut simplement dire « guerre pour le contrôle des matières stratégiques africaines ».

Patrick Mbeko, Analyste des questions géopolitiques auteur de Stratégie du chaos et du mensonge: Poker menteur en Afrique des Grands Lacs