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Back Politique Congo (RDC) Le pouvoir de Kinshasa s’impose par la terreur quand « l’impérialisme malin » nous domine par l’ignorance

Le pouvoir de Kinshasa s’impose par la terreur quand « l’impérialisme malin » nous domine par l’ignorance

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La plupart des Congolais sont aujourd’hui noyés dans cette sauce aveuglante des élections à venir de 2016. Les gens se battent et meurent pour une loi électorale dans un pays sous-tutelle et sous occupation. Qu’est-ce que cela veut dire? Que nous n’avons rien compris, que nous n’avons pas retenu les leçons de notre passé récent. La force de l’impérialisme occidental ne réside plus dans sa puissance militaire, dans sa capacité de dominer par la force. Après les révoltes contre les maîtres esclavagistes et la colonisation, les impérialistes ont réalisé que la meilleure manière de dominer les peuples, c’est de s’emparer de leur esprit. Il était donc question de substituer à la force brute (puisque tôt ou tard les dominés, n’ayant plus rien à perdre,finiraient par se révolter contre cannibale établi) − sans la délaisser complètement− l’arme de l’ignorance. Cette arme n’avait pas seulement pour but de faire des gens qu’on voulait dominer des parfaits idiots, il fallait surtout les amener à servir « l’impérialisme malin » tout en leur faisant croire qu’ils mènent le bon combat contre cet impérialisme. Il fallait faire des dominés les alliés objectifs de leurs bourreaux. Les intégristes musulmans, par exemple, sont convaincus de mener le bon combat contre le « grand Satan » américain sans réaliser qu’ils servent les stratégies de l’État profond américain.

Au Congo dit « démocratique »,cette ignorance a mené les victimes à constamment chercher de l’aide auprès de leurs bourreaux. Or si les Congolais (et par extension tous les Africains) interrogeaient tant soit peu leur histoire, ou disons le passé, ils se seraient très vite rendus compte que « l’Occident d’en haut » n’a jamais été l’« ami » des Africains, et ils ne seraient pas non plus surpris par le comportement mesquin de ces pouvoirs racistes envers les « Non blancs ». Quand certains d’entre nous essayent de nous éclairer sur ces enjeux sous-jacents auxquels nous sommes confrontés et auxquels notre existence est liée, nous les ignorons, parfois nous les critiquons voire méprisons. Au fond, le problème ne réside pas seulement dans l’attitude des impérialistes qui ne peuvent vivre d’autre chose que de la misère des autres, il réside aussi dans le comportement, parfois imbécile, des victimes qui refusent de prendre leur responsabilité face à l’histoire. Comme conséquence, on verse dans la "bouc-émissairisation", c’est la faute des autres, nous n’y sommes pour rien.

Mais comment faire comprendre à nos compatriotes qu’on ne libère pas un pays sous-occupation et sous-tutelle, en plus d’avoir des élites cooptées par « l’impérialisme malin », par des élections organisées et/ou financées par les petites mains des fondamentalistes néolibéraux du Nord? L’historien Ludo Martens nous rappelle à juste titre que « les puissances impérialistes appellent “démocratisation”, la création de plusieurs partis néocoloniaux qui mangent tous des mains des puissances extérieures et de la grande bourgeoisie locale. Le peuple peut, lors des élections “libres et transparentes”, choisir entre plusieurs partis néocoloniaux qui servent tous les mêmes maîtres et appliqueront les mêmes politiques imposées par l’Occident et le FMI.»

Pour n’avoir pas saisi ce petit jeu de l’impérialisme malin, la plupart de nos compatriotes sont devenus les alliés objectifs du système de prédation qui s’est emparé de notre pays. Ils l’accompagnent(sans le réaliser peut-être?) dans sa quête de mise à mort de notre chère patrie, et quand certains d’entre nous nous demandent de nous arrêter un instant pour réfléchir à ce qui nous arrive, il y en a qui disent : « Oui,on sait tout ça, vous nous apprenez rien... » Comme le fait observer l’Abbé Jean-Pierre Mbelu, « le complot n’est pas qu’extérieur. Il est aussi intérieur et mesquin. Il relève, pour une bonne part, de l’entretien (voulu ?)de l’ignorance. » Et d’ajouter : « Au Congo, l’entretien de l’ignorance retarde la révolution.» Il ne s'agit pas seulement de manquer de connaissances, mais de refuser d'en acquérir pour se soustraire des griffes des impérialistes du désastres.

Des jeunes congolais sont tombés, non pas pour s’être levés contre l’impérialisme malin qui s’est emparé de notre pays, mais pour avoir protesté contre une loi électorale dénoncée par une frange de l’opposition congolaise. Nous saluons leur bravoure et nous nous inclinons devant leur mémoire. Mais compter uniquement sur les élections à venir, fait observer l’Abbé Mbelu, « c’est attester que la sorcellerie néolibérale et l’ignorance qu’elle entraîne sont plus fortes que tout. Comme Simon Bolivar l’avait déjà compris : “Ils (les maîtres du monde) nous dominent plus par l’ignorance que par la force”. Une ignorance voulue, entretenue à coup de propagande mensongère par des élites ayant fait de leur ventre leur dieu ou subie par des masses populaires livrées à elles-mêmes et/ou à des spiritualités "imbécilisantes" par manque d’ “intellectuels organiques’’ et patriotes, héritiers de spiritualités vivantes et traditionnelles. »

Patrick Mbeko, écrivain, journaliste et géostratège canadien d'origine congolaise