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Back Politique Rwanda Patrick Mbeko : "La Françafrique d'aujourd'hui n'est qu'un segment de l'Americafrique"

Patrick Mbeko : "La Françafrique d'aujourd'hui n'est qu'un segment de l'Americafrique"

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GUERRE FRANCO-AMÉRICAINE AU RWANDA (court extrait du livre: LE CANADA DANS LES GUERRES EN AFRIQUE CENTRALE, 2012).

« L’offensive américaine contre la France ne sera d’aucun répit. Parallèlement aux grandes manœuvres françaises dans cette région où opèrent des espions américains disséminés dans les agences humanitaires de l’ONU, les Américains ont déployé un système de télécommunication très sophistiqué capable de surveiller toute l’Afrique centrale, y compris l’Afrique francophone ; un système destiné à récolter des renseignements, mais aussi à mener une guerre médiatique... à brouiller les communications et à interférer dans celles-ci.

L’antenne des services américains à Kigali est couplée avec le Civilian-Military Operations Center (CMOC : organisme chargé des relations avec les ONG et les représentants locaux de l’ONU) ; celui-ci, en réalité, a pour tâche principale de conduire des opérations de guerre psychologique (Psyops : Psychological Operation), c.-à-d., des techniques de manipulation et de propagande mises en place par les services de renseignement militaire pour influencer la perception d’une cible choisie. Les psyops ont géré les actions psychologiques avant, pendant et après les combats. Ils ont aidé à la diffusion d’informations erronées par le biais de radios locales et de moyens aériens – par exemple, largage de prospectus ou de petites radios portables. C’est par cette technique de manipulation que Washington et ses alliés ont réussi à imposer à la terre toute entière leur version du drame rwandais. Avec l’aide de certaines ONG et journalistes, la France sera mise au banc des accusés pour avoir prétendument soutenu les affreux « génocidaires » hutus.

La guerre de l’information fut pour les Français un incroyable fiasco. « La mission sur le terrain était excellente, mais en termes de communication, nous avons été d’une nullité incroyable. C’était tout simplement épouvantable », me confiera le colonel Michel Robardey, officier français ayant opéré au Rwanda de septembre 1990 à septembre 1993. Lorsque j’ai demandé au colonel Luc Marchal, commandant du secteur Kigali, numéro 2 de la MINUAR (Mission des Nations Unies au Rwanda) ce qu’il pensait de l’implication française dans le conflit rwandais, il a eu ces mots : « Ma position par rapport à l’implication française dans le conflit rwandais est la suivante : la France, comme la Belgique du reste, avait des accords de coopération avec le Rwanda. J’estime que ce genre d’accords implique aussi des obligations à l’égard du pays bénéficiant de la coopération. Dès lors, la France n’a fait qu’honorer ses engagements moraux d’assistance à l’égard d’un pays ami. Je regrette toujours avec autant d’intensité que la Belgique n’a pas eu la même attitude que celle de la France.»

Source : Le Canada dans les guerres en Afrique Centrale