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Ce qui s’est passé au Kenya est inadmissible

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Des innocents ont été tués gratuitement. Nous avons tous condamné les milices islamistes Al-Shabâb (Shebab). Avec raison. Mais pour moi, les plus grands responsables de cette situation, ce sont les dirigeants africains. Nous n’en serions peut-être pas là si l’Union africaine avait pris ses responsabilités pour régler la crise somalienne. Quand la guerre civile a éclaté dans ce pays au début des années 1990, qu’a fait l’Union africaine (OUA à l’époque)? Agitation sans plus. Les USA sont intervenus dans le cadre de l’opération « Restore Hope », officiellement pour ramener la paix, alors qu’en réalité c’était pour contrôler le pays et ses ressources. Mais ils ont été défaits par les Somaliens qui ont préféré, un temps, mettre de côté leur division pour combattre les envahisseurs.

 

En se retirant du pays la queue entre les jambes, les Yankees se sont arrangés pour qu’il n’y ait plus jamais de paix dans ce pays. Une stratégie du chaos a élu domicile sous la bienveillante surveillance des services secrets américains. Les Somaliens s’entretuent, des navires européens profitent de cette instabilité pour déverser des déchets nucléaires dans les eaux du pays; ce qui crée d’énormes dégâts aux richesses des mers somaliennes, et des maladies bizarres ont fait leur apparition dans le décor. L’enfer sur terre. Et qu’a fait l’UA? Rien de consistant. Comme abandonner ce pays et son peuple ne suffisait pas, certains pays africains se sont carrément alignés sur la stratégie américaine dans ce pays pour continuer à entretenir le chaos. C’est notamment le cas du Kenya ─ mais aussi de l’Éthiopie, de l’Afrique du Sud, du Djibouti et de l’Ouganda─ qui soutient le régime corrompu de Mogadiscio, lequel est totalement à la solde du MI6 et de la CIA, qui dispose d’une grande base secrète non loin de l’aéroport de Mogadiscio. En plus de participer à la reconquête de l'extrême sud somalien, Nairobi a recruté des Somalis-Kenyans pour constituer des milices qui combattent d’autres milices somaliennes dont les Shebab. Lesquels, faut-il le rappeler, jouissent d’une certaine popularité dans certains endroits du pays, en raison de leurs politiques sociales.

Malgré la présence d’un gouvernement de transition porté à bout de bras par l’Occident, la Somalie demeure un non-État, devenu au fil des ans le paradis des firmes de mercenariat entretenant des rapports étroits avec les services secrets occidentaux et qui encouragent la piraterie afin de donner prétexte à l’OTAN d’occuper les côtes somaliennes et contrôler l’océan indien par où passent aujourd’hui près de 75% du trafic total des produits pétroliers. Au départ de leur base régionale de Camp Lemonier, à Djibouti-city, les Forces spéciales américaines se déploient en Somalie à l’aide des hélicoptères Mi-17A, de fabrication soviétique appartenant à la CIA, et pilotés par des contractuels américains. C’est cette occupation, cautionnée par les Africains, que combattent ces fameux Shebab. Je ne m’avancerai pas à dire qu’ils combattent pour une Somalie respectueuse des droits des Somaliens (je n'y crois même pas un instant), mais toutefois, nous devons reconnaître que si les dirigeants africains avaient pris leur responsabilité, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui. Hier, ils ont commencé par la Somalie, il y a eu ensuite la Sierra-Léone et surtout la RDC avec ses millions de morts. Qu'ont fait les Africains? Ils ont préféré regarder ailleurs jusqu'à ce que ça atteigne la Côte d'Ivoire, la Libye, le Mali et finalement le pauvre peuple kényan. C’est dire!!! Et rien ne dit que ça va s'arrêter là. C'est juste un avis. Le mien. Je bois mon lait...

Patrick Mbeko, analyste des questions géopolitiques. Auteur du livre "Le Canada dans les guerres en Afrique central"