Cellou Dalein Diallo, bête noire des présidents guinéens

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De Lansana Conté à Alpha Condé en passant par le Capitaine Moussa Dadis Camara, tous les présidents guinéens redoutent les retours au bercail de Cellou Dalein Diallo. Le  leader de l’Union des forces démocratiques de la Guinée (UFDG, opposition) sait mobiliser les foules. Un motif d’inquiétude pour ses adversaires.


Les ennuis techniques qui ont cloué sur le tarmac de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar l’avion qui devait transporter, le dimanche 17 juillet, Cellou Dalein Diallo à Conakry ont sans doute différé le retour au pays natal du leader de l’Union des Forces démocratiques de la Guinée (UFDG). Mais ils ne font que remettre à plus tard l’affrontement inévitable entre ses militants et les forces de sécurité du président Alpha Condé.

A chaque fois que Cellou Dalein Diallo foule le sol guinéen, les scènes de liesse sont indescriptibles. Ses partisans ne ménagent aucun effort pour lui réserver un accueil digne d’un roi. Ainsi, Diallo est perçu comme une menace pour le pouvoir en place tant il est porté au nues par ses militants, majoritairement issus de l’ethnie peule.

Violente répression

Le 03 avril 2011, la grande manifestation, organisée par son parti pour marquer son retour d’un long périple, a été réprimée dans le sang. Bilan : quatre morts, une vingtaine de blessés et soixante dix personnes arrêtées. Sept partisans de l’opposant guinéen ont ensuite été condamnés à 1 an de prison ferme. Pour se défendre, Alpha Condé a déclaré que « la Guinée ne peut pas avoir deux présidents ». Une phrase laconique qui en dit long sur des relations complexes qu’il entretient avec son rival malheureux à la présidentielle.

Alpha Condé, conscient de la force de frappe de son adversaire a tenté de couper l’herbe sous ses pieds en réprimant dans le sang les manifestations de l’UFDG. L’imminence des élections législatives de novembre 2011 explique peut être la détérioration des relations entre les deux adversaires de la présidentielle historique de 2010.

Le président guinéen Alpha Condé souhaiterait qu’un nouveau fichier électoral soit créé pour les élections de novembre. Une volonté à laquelle s’oppose Diallo : « On s’étonne parce que c’est à partir de ce fichier qu’il est élu. S’il estime que ce fichier n’est pas à même de conduire à une élection crédible et valable, alors il faut qu’il renonce à sa fonction. A ce moment-là, on reprend le recensement et on reprend l’élection présidentielle », a déclaré l’opposant dans un entretien à RFI.

Cellou Dalein Diallo 59 ans et Alpha Condé 73 ans sont des rivaux politiques. Le premier, ancien Premier ministre sous Lansana Conté était arrivé premier après le premier tour de la présidentielle de 2010 avec 43,63%, le second opposant historique était arrivé deuxième avec 18, 25% des suffrages exprimés. Au deuxième tour, coup de théâtre ! Le premier président démocratiquement élu de la Guinée s’appelle Alpha Condé et non Cellou Dalein Diallo comme l’arithmétique des alliances politiques semblait l’indiquer.

De vieilles querelles ethniques

La campagne électorale entre le Peul Cellou Dalein Diallo et le Malinké Alpha Condé n’a pas été de tout repos. Elle a ravivé les rivalités ethniques entre deux communautés qui se regardent en chien de faïence depuis l’indépendance. En effet, Sékou Touré, le père de l’indépendance de la Guinée a longtemps appliqué une politique d’ostracisme appelé « Complot peul ». Ces derniers avaient le choix entre l’exil et la prison du camp Boiro où beaucoup d’entre eux ont perdu la vie en raison de leurs convictions politiques. Ce lourd passif politique continue encore de favoriser les divisions ethniques en Guinée. L’affaire Nafisatou Diallo, du nom de la présumée victime de Dominique Strauss-Kahn, a encore ajouté aux querelles inter-ethniques. En Guinée, selon que l’on soit peul, Malinké ou soussou, les versions de l’histoire changent. Pour les peuls, DSK a souillé une bonne musulmane pieuse. « Notre sœur est bien éduquée. Je suis sûr que ce païen l’a souillé. Une peul originaire de Tchakoullé ne peut pas coucher avec autre que son mari si ce n’est un viol », déclare Benté Barry, un vendeur de fruits à Dakar.

Pour les autres ethnies, la femme de chambre l’a bien cherché. « Elles sont des allumeuses. Je suis sûr qu’elle était consentante et elle a voulu lui soutirer de l’argent après l’acte comme l’atteste d’ailleurs un enregistrement avec son amant », déclare Kerfalla Touré, un guinéen d’ethnie malinké vivant à Dakar.

En tout cas, en reconnaissant la victoire de son adversaire, Cellou Dalein Diallo a évité à son pays un bain de sang. Cette attitude chevaleresque lui a valu la sympathie de bien des Guinéens. Il a même été félicité par Ban-ki Moon dans une lettre. Ce qui fait que sa cote de popularité ne cesse de grimper.

 

 

Ndeye Khady Lo