Le Panafricanisme est bien mal parti

Avec le conflit Malien, on peut constater que le panafricanisme n’existe, ni dans les institutions étatiques du continent, ni dans les organisations régionales (CEDEAO, UA, etc...).

Même devant un ennemi commun qui massacre les populations au nord du pays, les torture et les rend esclaves de doctrines moyenâgeuses, les politiques et les responsables de la société civile malienne sont incapables de parler d’une seule voix. Il en est malheureusement de même des institutions régionales ou sous régionales incapables d’assumer une quelconque identité africaine commune, étant, soit vassales des anciens colons, soit clouées dans l’immobilisme par leurs intérêts égoïstes propres.

Sur l’ensemble des pays africains, seul le Nigéria a répondu présent devant une agression qui perdure depuis plusieurs mois. Quel bel exemple de solidarité pour le continent !

Devant cet immobilisme et léthargie mélangés, le chef de l’état malien n’a que d’autre recours pour éviter de perdre les commandes, que de demander l’assistance des puissances militaires étrangères et de celle de l’ancien colonisateur tant décrié, et probablement avec raison dans d’autres circonstances.

 

Ce qui me déçoit le plus c’est l’incohérence d’une certaine élite intellectuelle qu’elle soit africaine ou européenne d’ailleurs, qui tape sans relâche sur la France. Les raisons invoquées ne sont pas mauvaises mais je constate avec effroi que ces personnes n’ont aucun sens des priorités et des urgences et de l’union nécessaire dans l’adversité, qui ne peut d’ailleurs que faire le jeu des personnes dénoncées dans ces propos.

L’Afrique est convoitée par tous les continents pour ces richesses, on le sait, ce n’est pas nouveau et c’est ancien aussi ! Evidemment que la France veut récupérer son rôle géostratégique dans la région et que les USA l’y poussent à fond, comme en Libye.

Pourquoi les états africains n’ont pas été capables d’assumer leur solidarité vis-à-vis du Mali, pourquoi leurs instances régionales ont brillé par leur incapacité à résoudre le problème.

Quelles mesures politiques et économiques ont été prises par ces états pour ne pas brader leurs ressources naturelles au détriment de leurs propres populations. Comment un état peut accepter de ne recevoir que 10% des ventes de son pétrole, si cet état n’est pas soit corrompu soit affilié à des lobbies financiers, hors continent.

Ensuite, ce que je déplore souvent ce sont les amalgames, beaucoup mélangent le cas de la Libye, de la Côte d’ivoire, de la Tunisie, de la Libye et de l’Egypte avec le cas du Mali. Il est évident que la trame commune source de tous ces maux est la course pour l’occident aux matières premières. Ce principe étant posé, cela n’empêche pas d’analyser la situation et de voir que pour le Mali, l’intervention française a du bon, en ce sens qu’elle va arrêter la progression des islamistes dans l’Afrique de l’ouest. Pouvez-vous imaginer la mise en place de la charia dans toute cette partie du continent ? Si vous l’acceptez, dans ce cas le retrait des troupes françaises est indispensable et chacun assume ses responsabilités.

Le continent africain est convoité, on le sait et ce n’est pas nouveau, et il est incapable de par son organisation ou de ses organisation de parler d’une voie unique, d’où son asservissement constant à des puissances étrangères. Mais sur le cas du Mali et des autres conflits n’est ce pas le peuple qui souffre ? Vous pensez que la majorité du peuple malien n’est pas content de l’intervention de la France.

Certes les interventions et les ingérences dans les affaires du Maghreb et encore plus en Côte d’Ivoire constituent une violation de souveraineté nationale contraire à la charte des Nations unies.

La tendance à généraliser les appréciations d’un fait ou d’une situation à une autre est un manque d’intelligence et d’esprit d’analyse. C’est avec une telle incapacité à essayer de comprendre chaque acte posé et d’en comprendre le positif et le négatif, que l’on arrive à un sectarisme intolérant.

En toute chose essayons d’utiliser notre libre arbitre et notre conscience pour juger par nous-mêmes de la justesse des actes et des faits.

Mais le pire c’est que l’on retrouve ce même principe sur beaucoup de forums panafricains où l’on ressasse sans arrêt les méfaits de la colonisation et de l’esclavage. Je suis tout à fait d’accord que l’on en parle, que l’on incorpore ces faits dans la culture du continent puisqu’ils font partie de son histoire et qu’il n’est pas question de les oublier ou de les occulter, mais les servir comme cause de tous les maux de l’Afrique c’est à notre époque se trouver une excuse facile pour ne pas assumer ses propres lacunes ou nourrir une opposition négative mais improductive aux régimes en place en Afrique.

Imaginons les gaulois qui se plaindraient jusqu’à aujourd’hui de la colonisation romaine !

Imaginons tous les peuples du monde réduits en esclavage et qui se morfondraient jusqu’à ce jour ! mais dans ce cas personne n’aurait avancé !

Le panafricanisme ne devrait il pas œuvrer, vers le futur, pour le développement du continent, par un développement économique d’abord en rétablissant une indépendance des ressources, par un développement écologique respectueux de son environnement, par un développement culturel en assimilant son histoire passée sans en faire un cheval de bataille. Le volet politique, lui, sera de choisir un système innovant permettant la concertation de tous les citoyens et de rétablir une démocratie qui n’existe plus nulle part. Fort de tout cela l’Afrique sera un exemple de réussite aux yeux du monde et le Panafricanisme verra là sa consécration.

Daniel SORY