Hao Ge : un chanteur africain superstar en Chine

Hao Ge : un chanteur africain superstar en Chine
Emmanuel Uwechue est originaire de Lagos.
  • Précédent
  • 1 of 2
  • Suivant

L’étonnant succès d’une pop-star nigériane à Pékin
mardi 29 mars 2011 / par Victor Guilbert

Il vient du Nigeria et est ingénieur de formation, mais c’est comme chanteur qu’il rencontre le succès en Chine. Nom de scène : Hao Ge, traduisez « Bonnes Chansons ». Ses groupies l’ont connu grâce à une émission de télé-réalité en 2006. Depuis, il enchaîne les plateaux et les scènes artistiques de l’Empire du Milieu. Découverte.

A chaque prestation, la même mise en scène, Hao Ge apparaît dans un halo de lumière pendant que les musiciens chinois jouent les premières notes de l’introduction. L’artiste descend les quelques marches du plateau télévisé qui le mènent à la scène. Dans l’arrière fond, des sinogrammes luminescents apparaissent sur les murs, crachés par des néons flashy. Hao Ge a rejoint le milieu de la scène, les projecteurs mettent en lumière sa tenue de scène. Il s’agit souvent d’un costume noir égayé par une chemise orange ou bleue. Parfois, pour les grandes occasions telles que le nouvel an chinois - le programme le plus regardé sur la télévision d’État - Hao Ge enfile son costume blanc qui fait ressortir un peu plus sa peau couleur d’ébène. Eh oui, Hao Ge, de son vrai nom Emmanuel Uwechue, est devenu le premier expatrié africain à conquérir les plateaux-télé de l’Empire du Milieu. Il est nigérian mais chante en mandarin.A 33 ans seulement, l’artiste à déjà poussé la chansonnette avec les plus grandes vedettes chinoises tels Sun Nan, Na Ying et Han Hong ... Bon, effectivement, ces célébrités-là ne sont connues qu’en Chine et pour cause, l’Empire du Milieu a la réputation d’appliquer une forme de protectionnisme artistique : rares sont les chanteurs chinois à faire carrière à l’étranger et, inversement, rares sont les étrangers à faire carrière en Chine. Le succès d’Hao Ge est donc un double exploit. Pour se faire un nom, il a quand même dû faire quelques efforts. Notamment apprendre la langue du cru.

Emmanuel Uwechue est originaire de Lagos. Il débarque en Chine en 2001 sur les conseils d’un ami chinois et commence à chanter dans les bars de Pékin. Même si les buveurs d’alcool de riz semblent s’accommoder de sa présence, le succès n’est pas au rendez-vous. Il faudra attendre 2006 et sa rencontre avec l’un des principaux producteurs de musique de Chine pour que sa carrière s’accélère. La même année, il participe à l’émission de télé-réalité Xin Guang Da Dao, l’équivalent chinois de la Nouvelle Star. Ses chansons en mandarin, son inévitable accent et son goût de la sape font chavirer le cœur des jeunes chinoises. Chacune de ses représentations sont saluées avec plus d’entrain par le public et les médias chinois s’emparent du phénomène. Un article du réseau social chinois QQ.com titrait à l’époque « L’Africain qui cherche son rêve en Chine ». Hao Ge fait également l’objet d’un documentaire qui retrace son histoire et son parcours hors du commun.

En plus de se mettre au chinois pour conquérir ses fans, Hao Ge a du faire un autre effort : minimiser les références politiques dans ses morceaux comme l’impose le gouvernement chinois. La pop-star s’est donc mise aux chansons d’amour. Rouge et Noir, Dernière chanson ou encore Bien aimée de ma vie, les romances à succès s’enchaine pour le chanteur nigérian même s’il s’avoue frustré par ces restrictions. Interrogé par le New-York Times, il témoigne. « Je me sens mis en boîte à toujours chanter des paroles romantiques », dit-il. « Je ne veux pas paraître ingrat, mais je tiens à élargir mes horizons », ajoute-t-il.

Hao Ge fait désormais parti d’un nouveau groupe. Ils enregistrent ensemble un nouvel album composé d’une douzaine de chansons. « Un changement radical », selon l’artiste qui a troqué les standards et les contraintes chinoises pour des chansons plus rythmées et des paroles moins naïves. Après le pays le plus peuplé, Hao Ge voudrait bien conquérir le vieux continent. OK. D’accord pour le costume blanc, mais pitié, pas les néons roses !