Afrique de l'Est : les routes de la mort

Les camps d'urgence mis sur pied dans l'est de l'Afrique sont saturés et des femmes doivent abandonner leur enfant mort ou mourant le long des routes à cause de la famine, rapportent lundi des organisations humanitaires.

Désormais plus de douze millions d'habitants de la Corne de l'Afrique sont touchés par la famine due à la sécheresse qui frappe la Somalie, l'Ethiopie, le Kenya et Djibouti, la pire que la région ait connue depuis une vingtaine d'années.

"Tous les endroits où nous distribuons de la nourriture sont pris d'assaut", a déclaré Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (Pam), lors d'une conférence de presse à Rome.

Ainsi, le camp de Dadaab, au Kenya, a été construit pour accueillir 90.000 personnes au plus. A présent, ce sont 400.000 hommes et femmes souffrant de malnutrition qui s'y entassent. "Notre nourriture n'est pas adéquate, donc nous transportons plus de kits de survie", a-t-elle également indiqué.

Le plus difficile, pour l'agence onusienne, est de parvenir à acheminer les vivres dans les zones les plus touchées, en particulier le long des chemins que prennent les populations affamées vers les camps.

"Nous voulons êtres sûrs que les provisions arrivent le long des routes (que prennent les migrants) car certaines d'entre elles se transforment en routes de la mort où des mères sont contraintes d'abandonner leur enfant qui était trop faible pour tenir ou qui ont péri sur le chemin", a ajouté Sheeran.

QUEL MONTANT ?

Au siège de l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à Rome, s'est ouvert lundi une réunion où sont présents des ministres, des ONG et des banques de développement pour discuter de l'aide.

L'ONG britannique Oxfam a avancé le chiffre d'un milliard de dollars pour répondre à la crise humanitaire. La banque mondiale a indiqué dans un communiqué fournir plus de 500 millions de dollars pour voler aux secours des victimes de la famine, en plus des douze millions de dollars d'aide immédiate pour les populations les plus touchées.

Dimanche, Josette Sheeran a annoncé que le Pam avait reçu des promesses de dons de 220 millions de dollars ces dernières semaines, mais qu'il lui manquait toujours 360 millions de dollars pour boucler son budget jusqu'à la fin de l'année.

Les donateurs internationaux et l'Onu ont été très critiqués pour la lenteur de leur réponse à la famine.

L'aide reste difficile à acheminer dans certaines zones de Somalie contrôlées par les milices islamistes d'Al Chabaab, liées à Al Qaïda. Le Pam estime à deux millions le nombre de personnes confrontées à la famine qu'elle n'arrive pas à secourir, car elles se trouvent dans des zones contrôlées par la rébellion.

En 2010, de nombreux groupes humanitaires avaient été interdits de se rendre dans les zones tenues par les islamistes. Les rebelles ont récemment menacé à nouveau d'interdire certaines ONG et accusent l'Onu de grossir l'ampleur de la sécheresse à des fins politiciennes.

Depuis janvier, 135.000 Somaliens ont quitté leur pays et se sont réfugiés principalement au Kenya et en Ethiopie.



par Catherine Hornby et Deepa Babington et Benjamin Massot pour le service français

 

Afrique: les enfants premières victimes de la famine


La communauté internationale est à nouveau au chevet de la corne de l'Afrique. Ce mercredi, une réunion des donateurs est organisée à Nairobi pour venir en aide aux 12 millions de personnes qui souffrent de la sécheresse et de la famine.

Cette région à l'est du continent noir fait face à la pire sécheresse depuis soixante ans. Voilà deux ans qu'il n'y est pas tombé une goutte d'eau! Les pays les plus touchés par cette famine sont la Somalie, l'Ethiopie, l'Ouganda ou encore le Kenya. C’est d’ailleurs dans ce pays que les réfugiés affluent en masse. Comme au camp de Dadaab, où plus de 1.000 personnes arrivent par jour alors que le camp est complètement saturé. Les hommes et les femmes s'installent où ils peuvent. "Les gens s'installent dans des endroits qui n'ont pas été aménagés au niveau latrines, au niveau sanitaire, ce ne sont donc pas les meilleures conditions", indique très inquiet Patrick Codjia, spécialiste de la nutrition pour l'UNICEF qui travaille sur place.

Les enfants sont les plus touchés

Selon William Splinder des Nations-unies, la situation est devenue critique. Les gens qui arrivent au camp de Dadaab "souffrent d'une malnutrition très élevée, surtout les enfants. Ils arrivent déshydratés, faibles, malades, ils viennent de marcher depuis la Somalie. Certains enfants sont même morts en route", explique-t-il. Patrick Codjia indique qu’il faut s'assurer que les enfants arrivent à temps dans les centres de santé et de nutrition. C'est, selon lui, la seule solution pour qu'ils soient traités et donc pour éviter une mortalité excessive. Il ne faut pas oublier que des dizaines de milliers de personnes ont déjà péri, douze millions d'autres sont en danger de mort, dont plus de 720.000 enfants à court terme.



Plusieurs réunions organisées pour trouver des solutions

Une nouvelle réunion internationale est prévue aujourd'hui à Naïrobi, au Kenya. Afin de débloquer des fonds pour une aide d'urgence.  Le consortium 12-12 se réunit aussi chez nous ce mercredi pour faire le point sur la collecte de dons lancée le 23 juillet dernier. Toutes les contributions sont les bienvenues sur le compte 8x 0 12 12 ou via le site 1212.be. Si la sécheresse et l'insécurité sont les facteurs déterminants de la catastrophe humanitaire dans la Corne de l'Afrique, des problèmes plus structurels, notamment des investissements suffisants dans l'agriculture, auraient pu limiter son impact, selon des ONG.