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Qui va payer pour vaincre la malaria?

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Depuis dix ans, le paludisme recule dans le monde, principalement grâce à l’argent de mécènes privés. Mais la guerre est loin d’être gagnée, et les Etats peinent à se mettre d’accord sur une convention contraignante pour financer la lutte contre ces maladies dites «négligées».

«Le marché du paludisme est énorme en termes de demande, mais tout petit en termes de profits». Tranchant comme une vérité qui dérange, le constat de l’initiative MMV (Medicines for Malaria Venture) suffit à expliquer pourquoi la «fièvre des marais», longtemps attribuée au mauvais air (mal aria en italien), continue à tuer des centaines de milliers d’enfants par année, principalement en Afrique.

A la fin du 20e siècle, le parasite est devenu résistant aux médicaments classiques et le pipeline de nouveaux produits est vide. Un groupe de donateurs publics et privés (dont le gouvernement suisse) fondent alors MMV, vouée au développement de traitements antipaludiques innovants, efficaces et abordables. Dans le même registre, Genève voit naître en 2003 la Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi), co-fondée par Médecins sans frontières (MSF).

Avec d’autres, ces organisations (soutenues à coups de centaines de millions de dollars par la fondation de Bill et Melinda Gates) ont largement contribué à faire de la première décennie du 21e siècle celle du recul de la malaria.

«Dans les deux décennies précédentes, on n’avait que de mauvaises nouvelles. Après avoir rêvé d’éradication dans les années 60, on était retombé à une aggravation de la situation. Et les années 2000 ont effectivement vu la lutte être réengagée, avec des moyens nouveaux, des nouveaux traitements, l’utilisation assez large des moustiquaires imprégnées d’insecticide, qui ont permis de voir baisser le nombre de cas dans certains pays», confirme Bernard Pécoul, directeur de DNDi.

Car la malaria entre bien dans la catégorie des maladies négligées. Soit les maladies qui frappent essentiellement les pays pauvres. «Sur l’ensemble des nouveaux médicaments découverts pendant les 30 dernières années, 1% seulement représentaient un intérêt quelconque pour les maladies négligées, qui pèsent pourtant plus de 12% de l’ensemble de la morbidité dans le monde», relève Bernard Pécoul.

La success story

MMV, DNDi et les autres travaillent justement à corriger ces déséquilibres. Cas d’école: le Coartem. Combinaison de deux substances actives, dont une extraite de l’artémisinine, plante bien connue de la médecine chinoise, ce médicament de Novartis est considéré par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) comme le meilleur antipaludique actuel.

Dans les années 90, il a été développé pour les voyageurs occidentaux dans les zones tropicales et le traitement revenait à près de 12 dollars. Inabordable pour l’enfant africain et de toute façon inadapté, parce que formulé pour des adultes. En 2003, Novartis a approché MMV, qui a accepté de financer partiellement le programme de développement de la forme pédiatrique du médicament, mise sur le marché en 2009. Et depuis 2001, en vertu d’un accord avec l’OMS, le Coartem est vendu au prix coûtant, environ un dollar par traitement. Il a déjà changé la vie de plus d’un million d’enfants. Novartis n’y gagne rien en termes financiers, mais beaucoup en termes d’image.

Hélas, s’il salue ces résultats et ces efforts de la multinationale, Bernard Pécoul doit constater que «cette success story est un peu l’exception à la règle».

La convention qui se fait attendre

Alors, pour que ce type d’exception devienne justement la règle, les acteurs de la lutte contre la malaria et autres maladies négligées espèrent voir l’Organisation mondiale de la santé (OMS) adopter une convention contraignante sur la R&D axée sur les besoins sanitaires des pays en développement.

Le sujet était au menu de la dernière Assemblée mondiale de la santé, tenue en mai à Genève. Le groupe d’experts de l’OMS préconisait notamment que chaque pays consacre au moins 0,01% de son PIB à cet effort, ce qui ferait passer les sommes vouées à la recherche sur les maladies des pauvres de 3 à 6 milliards de dollars par année. Inacceptable pour la majorité des pays occidentaux, emmenés par les Etats-Unis (qui pourtant consacrent déjà 0,01% de leur PIB à ce domaine), le Japon et la majorité des Européens. Au terme de négociations que la délégation de MSF a qualifié «d’extrêmement dures», ces pays ont réussi à repousser l’ouverture des discussions en plénum d’une année, après consultations au niveau régional.

«On n’a pas compris. Il ne s’agissait pourtant que d’ouvrir des négociations. Et le dossier est sur la table de l’Assemblée mondiale depuis au moins dix ans, déplore Bernard Pécoul. On a d’autant moins compris que les représentants de l’industrie pharma ont été très raisonnables dans cette négociation. Ils sont d’accord sur le diagnostic, d’accord de stimuler la recherche, même par des fonds étatiques, parce qu’ils savent bien que ce n’est pas dans leurs business plans actuels qu’ils vont trouver la solution».

Déception également dans le camp de MSF, bien placée pour savoir que les médicaments conçus pour les pays riches sont trop chers pour les pays en développement, qu’un traitement contre le VIH pour adultes ne sert à rien quand la maladie tue des enfants ou que conserver un vaccin au frigo peut devenir un casse-tête au milieu de la brousse africaine. «Nous soutenions la proposition du Kenya, qui voulait ouvrir les négociations tout de suite, explique Katy Athersuch, qui a participé aux pourparlers côté MSF. Nous espérons maintenant que cette année supplémentaire ne sera pas une année de perdue et que les Etats vont la mettre à profit de manière constructive».

Rendez-vous dans un an

Plus nuancée que le reste du camp occidental, la Suisse n’en était pas moins elle aussi défavorable à une convention contraignante. «Nous avons compris qu’on ne trouverait pas de consensus, explique l’ambassadeur Gaudenz Silberschmidt, chef des Affaires internationales à l’Office fédéral de la santé publique. Et le groupe d’experts a rendu son rapport un mois avant l’Assemblée. Je ne connais pas un pays qui soit capable de consulter tous les ministères concernés et d’arriver à une position consolidée – notamment sur les questions financières – en si peu de temps».

La Suisse reconnaît pourtant la réalité des problèmes. «L’analyse du groupe d’experts est excellente, poursuit l’ambassadeur. Mais nous ne sommes pas absolument persuadés qu’une convention soit la solution. Nous allons approfondir rapidement la question pour voir quel serait le mécanisme institutionnel le mieux adapté».

En attendant, la Suisse, qui a versé 51,1 millions de francs depuis 2002 au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, serait à la traîne du reste de l’Europe, selon le Swiss Malaria Group, qui réunit l’aide publique au développement et les acteurs de la santé.

Parmi eux, Blaise Genton, qui travaille sur le vaccin contre la malaria à l’Institut tropical de Bâle, juge la contribution de ce petit pays riche «plutôt faible, comme pour l’aide au développement en général d’ailleurs». Il se félicite néanmoins de la présence et du discours du nouveau ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter à l’ouverture de l’exposition montée par le groupe au Muséum de Genève. «Il semble qu’il soit sensibilisé au problème et qu’il veuille faire quelque chose», note le professeur.

Un véritable fléau

Maladie infectieuse la plus répandue sur Terre, le paludisme (ou malaria) est causé par un parasite transmis d’une personne à l’autre par le moustique anophèle femelle, qui pique principalement la nuit. C’est une maladie évitable dont on peut guérir, mais qui tue les plus faibles s’ils ne sont pas ou mal soignés.

Près de la moitié de la population mondiale est exposée au paludisme. L’Afrique subsaharienne, l’Asie, l’Amérique latine, le Proche-Orient et même l’Europe sont concernés à des degrés divers.

Symptômes: ils apparaissent généralement 10 à 15 jours après la piqûre de moustique. Fièvre, maux de tête, frissons et vomissements peuvent être modérés au début et difficiles à attribuer à cette maladie. S’il n’est pas traité dans les 24 heures, le paludisme à Plasmodium falciparum (la plus grave des quatre formes humaines connues) peut évoluer vers une affection sévère, souvent mortelle.

655’000 morts ont été enregistrés en 2010, dont 81% en Afrique. L’immense majorité étaient des enfants de moins de 5 ans. La même année, on a enregistré 216 millions de cas dans le monde. Ces deux chiffres sont des estimations. Dans les pays où sévit la maladie, l’état des infrastructures de santé ne permet pas de diagnostiquer ni de recenser précisément tous les cas.

La maladie recule depuis le début du siècle. En 2000, le nombre estimé de décès était encore d’un million et le nombre de cas de 233 millions. La baisse globale des décès est donc de 34,5% et atteint ou dépasse même 50% dans 11 pays d’Afrique. Mais les spécialistes insistent sur le fait que ces progrès restent fragiles.


Source: Marc-André Miserez, swissinfo

L'incroyable cavalcade vers le châtiment ….

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A brides abattues , des légions s'avancent dans le désert du Sahara , chacune d'elles portant en son sein une improbable mission qui va se transformer en une formidable épopée...

Ainsi, aurait pu commencer le récit, relatant l'aventure des premiers hommes, qui émigrèrent pour propager la parole de Dieu. Ainsi ne commencera pas le récit que je m'en vais vous faire...

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Les difficultés des « réfugiés sexuels » pour obtenir l’asile

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En tant qu’homosexuel vivant en Tanzanie, Cassim Mustapha risquait la prison dans son pays, mais les poursuites en vertu de la Loi sur les offenses à caractère sexuel sont rares, et la principale menace venait de sa propre communauté. À la suite d’une attaque à la hache par l’un de ses voisins, qui lui a laissé une profonde blessure à la tête, M. Mustapha a fui son pays et demandé l’asile au Malawi.

Les persécutions liées à l’orientation ou à l’identité sexuelle d’un individu sont de plus en plus souvent considérées par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et les législations nationales relatives aux réfugiés comme un motif suffisant pour demander l’asile. La plupart de ces demandes se fondent sur la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, qui définit comme réfugié toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de son « appartenance à un groupe social particulier ».

Toutefois, de nombreux LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués) ne réussissent pas à obtenir l’asile sur ce motif, soit parce qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent le faire ou parce que les responsables qui traitent leur demande ne reconnaissent pas la validité de leur demande. C’est ce qui est arrivé à M. Mustapha au Malawi, l’un des 37 pays africains à considérer l’homosexualité comme un crime. Il a obtenu le même résultat en Zambie.

Après le rejet de sa troisième demande d’asile, au Zimbabwe cette fois, un autre pays qui interdit les pratiques homosexuelles, le UNHCR lui a conseillé de tenter sa chance en Afrique du Sud, un pays où les droits des LGBTI sont protégés par la Constitution et où la loi relative aux réfugiés cite les persécutions liées à l’orientation ou à l’identité sexuelle comme un motif suffisant pour demander l’asile.

Le HCR lui a donné un titre de voyage provisoire pour lui permettre de se rendre jusqu’à la frontière. M. Mustapha s’est présenté au poste-frontière de Beitbridge et a dit aux agents de l’immigration qu’il souhaitait déposer une demande d’asile fondée sur son orientation sexuelle.

« Ils m’ont juste dit : « Où est ton passeport ? », et comme je ne l’avais pas, ils m’ont arrêté », a-t-il dit à IRIN depuis une cellule du poste de police de Musina à la fin janvier.

Supposant qu’il y avait eu un malentendu, M. Mustapha a pris contact avec Lawyers for Human Rights (LHR), une organisation non gouvernementale (ONG) qui défend les droits des demandeurs d’asile, des réfugiés et des migrants en Afrique du Sud.

« Il était très ouvert au sujet de [son orientation sexuelle] », a dit Wayne Ncube, l’avocat de LHR qui a rencontré M. Mustapha au Centre de rapatriement de Lindela, un établissement situé à l’extérieur de Johannesburg où il avait été transféré peu après s’être entretenu avec IRIN. « Il pensait qu’il était finalement arrivé dans un pays où ses droits seraient protégés. »

M. Ncube a préparé les documents nécessaires pour demander sa libération, mais, lorsqu’il est retourné au centre de Lindela quatre jours plus tard, M. Mustapha avait été déporté au Zimbabwe.

« Nous n’avons pas eu de nouvelles de lui depuis », a dit M. Ncube.

Discrimination

Selon une étude publiée récemment par People Against Suffering Oppression and Poverty (PASSOP), une ONG de défense des droits des réfugiés et des migrants basée au Cap, l’expérience de M. Mustapha n’est pas la norme, mais les réfugiés et les demandeurs d’asile LGBTI qui affluent en Afrique du Sud depuis les quatre coins du continent à cause de sa réputation et de sa législation progressistes font l’objet d’une forte discrimination, non seulement parce qu’ils sont gays, mais aussi parce qu’ils sont étrangers.

Parmi les 25 réfugiés et demandeurs d’asile LGBTI interviewés par PASSOP, la plupart ont été victimes de discrimination alors qu’ils cherchaient à s’intégrer dans la société ou à obtenir un logement, un emploi ou des papiers d’identité. La combinaison de la xénophobie et de l’homophobie a influencé négativement leurs interactions avec les propriétaires, les employeurs, les policiers et les responsables du ministère de l’Intérieur. Rejetés par la communauté des réfugiés à cause de leur orientation ou de leur identité sexuelle, ils ont généralement aussi été exclus de la communauté gay bien établie du Cap à cause de leur statut d’étranger.

Le rapport de l’ONG PASSOP a également révélé que près de la moitié des personnes interrogées n’avaient pas indiqué leur orientation ou leur identité sexuelle dans leur demande d’asile, dans la plupart des cas parce qu’elles ne savaient pas qu’il s’agissait d’un motif valide pour demander le statut de réfugié. Parmi les 14 personnes interviewées qui ont cité leur orientation sexuelle comme la principale raison de demander l’asile, la plupart ont dû répondre à des questions ridicules ou inappropriées et seules deux d’entre elles ont obtenu une réponse positive.

Une recherche publiée récemment par le Centre africain pour la migration et la société (African Centre for Migration and Society, ACMS) de l’université du Witwatersrand, à Johannesburg, a révélé l’existence de problèmes généralisés et systématiques liés à la qualité des décisions concernant le statut des réfugiés faites par le ministère de l’Intérieur. Selon le document, les responsables du ministère de l’Intérieur ont par ailleurs omis, à maintes reprises, de reconnaître l’orientation sexuelle comme un motif valide de demande d’asile.

« Je pense qu’il s’agit d’un problème général lié à la formation et à la connaissance de la loi », a dit Roni Amit, chercheuse auprès du ACMS. « Aussi, plusieurs [responsables du ministère de l’Intérieur] adoptent les points de vue discriminatoires véhiculés par la population générale au sujet des LGBTI. »

Dans une note d’orientation sur les demandes d’asile liées à l’orientation ou à l’identité sexuelle publiée en 2008, le HCR recommande que les demandeurs d’asile LGBTI soient interviewés par des « fonctionnaires formés qui connaissent bien les problèmes spécifiques auxquels les LGBTI sont confrontés ». L’organisation ne donne cependant aucune instruction quant à la façon de statuer de manière équitable sur les dossiers des LGBTI qui demandent l’asile dans les pays où les comportements homosexuels sont considérés comme criminels.

Le cas du Kenya et de l’Ouganda

« Le HCR doit mettre en place une stratégie claire afin de garantir l’accès aux procédures d’asile dans les pays où les comportements homosexuels sont considérés comme un crime », a dit Duncan Breen, qui a mené des recherches sur la situation difficile des réfugiés LGBTI au Kenya et en Ouganda (deux pays dont la législation criminalise les pratiques homosexuelles) pour l’organisation de défense des droits Human Rights First, basée aux États-Unis.

Il a fait remarquer que les demandes d’asile fondées sur l’orientation ou l’identité sexuelle ont plus de chances d’être acceptées dans les pays où des responsables du HCR s’occupent de la détermination du statut de réfugié, comme le Kenya, que dans ceux où ce sont des fonctionnaires mal formés qui prennent ce genre de décision.

Dans un rapport publié par Human Rights First en mai, M. Breen et ses collègues ont documenté les nombreux risques sécuritaires auxquels sont confrontés les réfugiés LGBTI qui vivent au Kenya et en Ouganda et la menace d’arrestation qui plane sur eux s’ils demandent la protection de la police. La plupart d’entre eux se protègent contre ces menaces en déménageant fréquemment ou en cherchant à cacher leur orientation ou leur identité sexuelle.

Dans ce genre de situation, c’est-à-dire lorsque les réfugiés LGBTI ont des difficultés à obtenir le soutien dont ils ont besoin, la réinstallation dans un pays tiers est souvent la seule solution à long terme, selon M. Breen. Pour l’instant, les réfugiés LGBTI du Kenya et d’Ouganda qui ont eu la possibilité de se réinstaller ailleurs sont rares, mais M. Breen estime que les pays de réinstallation et le HCR sont de plus en plus conscients des dangers auxquels ce groupe de réfugiés est confronté et de la nécessité de les réinstaller ailleurs.

Source: ks/cb

Charniers à l'ouest de la Côte d'Ivoire, le rôle de l'ONUCI

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Les 29 et 30 mars 2011, l''armée de Ouattara et Soro, les FRCI, renforcée par des mercenaires burkinabés, des Dozos, chasseurs traditionnels sahéliens très redoutés pour leur brutalité, tue plus de 1 000 Ivoiriens, principalement des Wê.

Assez vite, le scandale est dénoncé, certes minoré par l'ONUCI et le nouveau régime de Ouattara... Amnesty international révèlera quelques semaines plus tard l'ampleur réelle du drame.

Ces images, apparues sur les réseaux sociaux début juillet 2012, montrent clairement des casques bleus de l'ONUCI, à Duékoué, en train de remplir une fosse commune de cadavres, de constituer un charnier... Le Nouveau Courrier, dont un article est ici lu par grégory protche pour illustrer et expliquer les images difficilement soutenables, a retrouvé un témoin présent capable d'identifier les lieux, et de situer temporellement les faits.

Gabon/université: un leader étudiant accusé de tentative d'incendie et écroué

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Un des leaders du mouvement étudiant gabonais, interpellé mercredi, a été écroué vendredi par un juge d'instruction pour avoir voulu "mettre le feu à l'université", a affirmé à l'AFP un autre responsable estudiantin, qui a démenti ces accusations.

Nicolas Ondo Obame "a été placé sous mandat dépôt. On l'accuse d'avoir voulu mettre le feu à l'université", a déclaré Lionel Ella Engonga, qui s'était déplacé avec plusieurs autre étudiants au Palais de justice.

"On a retrouvé un sac qui contenait de l'essence et des chaînes et on l'accuse d'en être le propriétaire. Ce n'est pas à lui et quand il a été arrêté il n'avait pas de sac", a déclaré Ella Engonga.Il n'a pas été possible de joindre une source judiciaire vendredi soir.

L'université Omar Bongo est secouée par des troubles depuis le mois de janvier. Des manifestations ont donné lieu à de nombreux heurts entre grévistes et force de l'ordre, ainsi qu'à diverses interpellations, toujours suivies de libérations les jours suivants. Sauver

Les étudiants réclament surtout la suppression de la limite d'âge pour les bourses et l'harmonisation du système licence-maîtrise-doctorat, mais aussi notamment la réouverture de la bibliothèque et d'un restaurant universitaires, la mise place d'un réseau internet gratuit, ainsi que de meilleures conditions d'hygiène et "l'électrification de toutes les salles de cours".

Le personnel administratif de l'université est aussi en grève depuis lundi.

 

Areva en Afrique ou la loi de la jungle

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Présent dans une centaine de pays, Areva dispose de la maîtrise de l’ensemble de la chaîne du nucléaire : exploitation de l’uranium, enrichissement et retraitement, ingénierie, fabrication de réacteurs et de systèmes de contrôle, maintenance. Ce « fleuron de l’industrie française » naissait le 3 septembre 2001, de la fusion de deux acteurs majeurs du secteur de l’énergie nucléaire : la Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires) à laquelle le Commissariat à l’énergie atomique transférait en 1976 ses activités d’exploitation minière et d’enrichissement de l’uranium ; le second, Framatome, spécialisé depuis 1958 dans la fabrication de chaudières pour centrales nucléaires. Tout est en place pour la poursuite de l’exploitation de l’uranium, avec le soutien de l’Etat français et l’appui des réseaux de la Françafrique aux méthodes bien huilées.

Mais l’histoire d’Areva ne commence pas en 2001, et se présente bien davantage comme le prolongement du développement du nucléaire en France et de l’institution chargée de le promouvoir : le Commissariat à l’énergie atomique, impulsé en 1945 par Charles De Gaulle, dans le but de susciter la recherche et d’obtenir la maîtrise de l’arme nucléaire. Les matières premières, l’uranium en particulier, deviennent une priorité pour la France qui se tourne vers l’Afrique. Mais comme on le verra par la suite, le nucléaire civil, destiné à la production d’électricité, est à l’origine d’autres dangers dont les populations des pays producteurs feront les frais.

Le premier gisement d’uranium important a été découvert à Mounana au Gabon en 1956, alors colonie française de l’Afrique équatoriale. L’exploitation démarre en 1961 et se poursuivra pendant près de quarante ans, parfois sous la menace des armes, comme ce fut le cas lors du déclenchement de l’une des premières grèves des mineurs en 1965 après un accident mortel. Au total, plus de 26 000 tonnes du précieux métal ont été extraites, non sans laisser des traces.

La population cohabite toujours avec les effets radioactifs de l’uranium, par inhalation de l’air, absorption d’eau et d’aliments, et dans de nombreux logements construits avec des remblais provenant de l’ancienne mine. Deux millions de tonnes de déchets radioactifs ont été déversés dans les cours d’eau et quatre millions dans les carrières abandonnées exploitées par la COMUF (Compagnie des mines d’uranium de Franceville), filiale gabonaise de la COGEMA, « ancêtre » d’Areva.

Ancien directeur diocésain de Caritas, l’abbé Bruno Ondo nous a apporté son témoignage : « Treize ans après la fermeture du site de Mounana, les riverains et les anciens mineurs en subissent toujours les conséquences. Les zones radioactives se trouvent à l’intérieur du champ d’activité des populations, là où les habitants viennent tremper le manioc, où elles vont pêcher, à proximité des habitations. Le prix véritable de l’uranium est celui payé par les populations. » La COMUF avait mandaté le laboratoire français Algade, une ex-filiale de la COGEMA, pour l’assister dans la surveillance radiologique à Mounana sous le contrôle du CNPPRI (Centre national de prévention et de protection contre les rayonnements ionisants). Mais il s’avère que le scénario de la COMUF, présenté depuis 2008, est en retrait de la réalité, ne prend pas en compte toutes les expositions et ne se présente pas en adéquation avec celui du CNPPRI. « Le manque d’informations concernant la situation radiologique est inacceptable », poursuit Bruno Ondo. « Depuis dix ans, cette surveillance est menée par la COMUF et le CNPPRI, mais ni les autorités locales ni les populations, premières concernées, n’ont vu le résultat de ce suivi. Ce qui fait lever des soupçons légitimes sur des déclarations qui se veulent rassurantes. » Où l’on retrouve une tradition d’omerta et de mépris des populations qui est une constante d’Areva.

LE VERITABLE PRIX DE L’URANIUM EST CELUI PAYE PAR LES POPULATIONS

Au Niger, l’exploitation d’Arlit était lancée en 1966. Situé entre le Sahara et le Sahel, dans la région d’Agadez, capitale du peuple touareg, le site a permis d’extraire à ce jour plus de 100 000 tonnes d’uranium. En 2008, le chiffre d’affaires d’Areva était de 13,2 milliards d’euros, cinq fois le PIB du Niger. Mais pour l’ancienne colonie française, c’est une véritable catastrophe environnementale, sanitaire et sociale. Accumulation des déchets, pollution des sols, de l’air et de l’eau... Areva affirme qu’elle « met en œuvre tous les moyens disponibles pour limiter l’exposition au risque » (Areva : Nos dix engagements) et se prévaut d’un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRNS), organisme dont le manque d’indépendance à l’égard de l’exécutif français a été plusieurs fois épinglé. L’accès aux soins est assuré par Areva, dont les médecins ne détectent pas, étrangement, des pathologies liées aux radiations. C’est aussi l’épuisement des nappes aquifères, puisqu’Areva pompe, en plein désert, la nappe du Tarat. Depuis 1966, 270 milliards de litres d’eau ont été utilisés à Arlit et Akokan, l’autre ville minière, et des millions de litres d’eau continuent à être utilisés quotidiennement.

Cinquième producteur d’uranium, le Niger fait partie des pays les plus pauvres du monde et l’espérance de vie y dépasse à peine 50 ans. Le bénéfice annuel d’Areva tourne autour de 770 millions de dollars, tandis que le budget du Niger est de 320 millions de dollars.

Areva représente une présence industrielle dans quarante-trois pays et un réseau commercial dans une centaine de pays. Mais dans une logique insatiable de profits, la société rachetait à prix d’or (2,5 milliards de dollars), en 2007, la société canadienne UraMin, qui lui ouvrait des nouveaux gisements en Afrique. UraMin, rebaptisée Areva Resources Southern Africa, est immatriculée à l’ombre du paradis fiscal et judiciaire des îles Vierges britanniques, classé parmi les plus opaques et les plus nocifs. Etonnant pour un groupe qui se déclare au-dessus de tout soupçon. Curieusement, le titre d’UraMin avait vu sa valeur multipliée par quatre durant les six mois ayant précédé l’offre d’Areva... D’où les soupçons qui ont coûté en juin 2011 son poste à Anne Lauvergeon, PDG du groupe depuis 2001. Pour la petite histoire, c’est elle qui a choisi le nom d’Areva, inspirée par l’abbaye d’Arevalo en Espagne. On peut dire qu’elle aura caché jusqu’au bout son côté mystique. Les promesses de l’achat d’UraMin sont pour l’instant au point mort. Fin 2011, arguant des difficultés du marché après l’accident de Fukushima, Areva décidait le gel de ses projets miniers en Centrafrique, en Namibie et même à Imouraren au Niger, particulièrement prometteur, provoquant la colère des chefs d’Etat,... pour renforcer ses positions au Kazakhstan, en Jordanie, au Maroc ou en Mongolie.

En 2007, Nicolas Sarkozy se rendait à Tripoli, officiellement pour « resserrer les liens entre les deux pays ». Outre des accords militaires tenus secrets, la France promettait à Kadhafi la fourniture par Areva d’un réacteur nucléaire, officiellement pour dessaler l’eau de mer. Mais comme le déclarait Jacques Attali (« Economie et apocalypse, trafic et prolifération nucléaire », Fayard, 1995) : « Il n’y a pas de distinction valable possible entre les matières nucléaires militaires et civiles (...) Le caractère dual de presque toutes les technologies permet de vendre des savoir-faire ou des technologies en feignant de croire aux intentions pacifiques du client. » La vente de centrales se poursuit...

« Le nombre d’Etats nucléaires pourrait être d’une vingtaine dans trente ans », annonçait un rapport de la Délégation aux affaires stratégiques remis le 20 avril 2011 au ministère de la Défense. La multiplication des risques nucléaires, comme la déstabilisation et l’enfoncement dans la dette des pays africains, devraient rassembler largement face à la stratégie d’Areva, entreprise constituée à plus de 80% de capitaux publics.

L'INDEPENDANCE ENERGETIQUE, A QUEL PRIX ?

Au moment où était commémoré en 2011, à grands renforts de discours humanistes, le cinquantenaire des indépendances africaines, perdurait un système hérité de la domination coloniale : soutien militaire, diplomatique et financier apporté aux dictatures et régimes autoritaires qui, en retour, favorisent un accès privilégié aux ressources naturelles. Le tout assaisonné de violence, affairisme et corruption.

Le groupe Areva symbolise à lui seul le poids des réseaux de la Françafrique qui ont toujours su saborder les dynamiques démocratiques africaines. Ses mines nigériennes représentent toujours un tiers de sa production d’uranium, tandis que le pays est enfoncé dans la dette. Une lampe sur trois est éclairée en France grâce à l’uranium nigérien, mais la plupart des Nigériens n’ont pas l’électricité. Elle n’est pas produite localement, mais importée du Nigéria pour une minorité.

Le mythe de l’indépendance énergétique française a un prix. Et ce prix est celui payé par les populations, spoliées de leurs terres, atteintes dans leur santé, leur environnement, leur espoir dans un devenir meilleur. L’eau elle-même, indispensable à la vie, est polluée, et la surexploitation de la nappe phréatique a contribué à la désertification de la zone d’Arlit au Niger en pays touareg.

L’enlèvement de cinq Français fin 2010, sur le site même, n’est sans doute pas étranger à la frustration des populations locales et au partage des bénéfices liés à l’exploitation de l’uranium. Force est de constater que le débat de fond est évité et Areva pas égratignée le moins du monde. Contrats dont certaines clauses sont tenues secrètes, négation des risques sur le long terme, une constante des industries extractives... qui évoque irrésistiblement l’exploitation des gaz et huiles de schistes qu’on entend nous imposer. Le marché n’a pas de frontières, il serait bon de nous en souvenir.- Golias

Les mines d'uranium tuent
Pour chaque tonne de minerai d’uranium utilisable, il faut jusqu’à 2000 tonnes de déblai radioactif rejeté dans l’environnement. Le radon, gaz radioactif libéré lors de l’extraction, touche la santé des mineurs et des habitants autour des sites.

En Allemagne, l’exploitation des mines de la Wismut constitue un exemple typique. En raison de la forte contamination radioactive, on a enregistré des taux de cancers particulièrement élevés. Pas moins de 7000 cas de cancer du poumon ont été attestés et on estime à plus de 20 000 les victimes reconnues de l’extraction de l’uranium.

En Afrique, il est difficile d’établir des estimations en raison du manque de statistiques et du climat d’omerta entretenu. Mais les conséquences sanitaires sont catastrophiques. Alors qu’Areva prétend avoir mené des opérations de décontamination sur le site d’Arlit au Niger, des échantillons, prélevés et analysés par la Commission de recherche indépendante sur la radioactivité (Criirad) ont révélé des chiffres deux mille fois supérieurs à la normale. Sans cesse repoussée depuis 2009, la gigantesque mine à ciel ouvert d’Imouraren reproduirait les mêmes conditions d’exploitation qu’à Arlit, mais en pire, compte tenu de son étendue. Areva montre des velléités de retour au Gabon où les conséquences de l’exploitation des mines de Manouna ont laissé des traces dont souffre encore aujourd’hui la population.

En Centrafrique, le projet d’exploitation de la mine de Bakouma, censé être relancé après l’achat d’UraMin en 2007, est gelé. Tout comme celui de Namibie, qui avait déjà alimenté la France en aluminium lorsque le pays était colonisé par l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid... en parfaite contradiction avec les résolutions de l’ONU et la condamnation de la Cour internationale de justice, des transactions commerciales qui impliqueraient une reconnaissance de cette occupation. Le cynisme et le contournement des lois et règles de sécurité ne sont pas franchement une nouveauté.

Sur le site de Trekkopje en Namibie, la teneur en uranium est très faible et ce sont des centaines de millions de roches qu’il faudrait traiter chimiquement, et plus la concentration en minerai est faible plus la pollution est importante. Si l’exploitation de l’une des plus grandes mines à ciel ouvert se concrétisait, ce serait l’annonce d’un nouveau désastre sanitaire et environnemental.


Source: Eva Lacoste

Matières premières : qui sont les maîtres du monde ?

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Des terres rares à l’uranium, du cobalt au platine, certains produits indispensables à l’économie mondiale sont concentrés dans un petit nombre de pays. Cette rareté  – susceptible de se transformer en pénurie – entraîne une compétition extrêmement féroce. On sait désormais qui sont les maîtres de ce business aux enjeux planétaires.

Prenons une journée lambda. Au saut du lit, on appuie sur l’interrupteur. On a de fortes chances de puiser dans le filon nucléaire. Car l’atome fournit 13,8% de l’électricité mondiale. Or, l’uranium provient pour une part de plus en plus grande d’un pays d’Asie centrale coincé entre la Russie et la Chine : le Kazakhstan. Avec ses 15,5 millions d’habitants, il a pris la tête du marché, fournissant 33% de la production mondiale. De 14 020 tonnes d’uranium extraites en 2009, le pays devrait passer à 30 000 tonnes en 2018.

« Le Kazakhstan a envie de devenir le Dubaï caspien, souligne Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) de l’université Paris-Dauphine. Il a un sous-sol riche en uranium, en pétrole et en gaz. Grâce à ses ressources, il est l’un des seuls pays à avoir, en 2000, remboursé le FMI avec une demi-douzaine d’années d’avance ! » Et depuis l’accident de Fukushima ? « Les principaux leaders du marché dans les décennies à venir ne seront pas l’Europe, qui a en partie reculé sur le nucléaire, mais les grands émergents comme la Chine et l’Inde », estime-t-il.

On avale un bol de céréales. Puis on file sous la douche, le savon à la main. Au passage, on utilise de plus en plus d’huile de palme. Et elle provient en grande partie d’Indonésie et de Malaisie, qui se partagent 86% d’un gâteau en perpétuelle expansion. Si l’huile de palme représentait 12% de la production d’huiles en 1983, sa part est passée à 26% vingt ans plus tard. Pourquoi un tel engouement ? D’abord parce que le palmier est une véritable machine à suinter de l’oléagineux et affiche un rendement six fois plus élevé que le colza et dix fois plus que le soja. Aussi, l’huile de palme, moins coûteuse et dotée de surcroît de caractéristiques utiles (un état solide à température ambiante, une meilleure résistance à la chaleur), a-t-elle gagné le cœur des industriels.

Non sans se faire des ennemis. Riche en acides gras saturés, elle est accusée de boucher les artères des consommateurs. Et les ONG lui reprochent de grignoter chaque année des milliers d’hectares de forêt. « Certains pays d’Asie du Sud-Est sont saturés [par cette production], comme le Vietnam, ou fortement dégradés [à travers leurs forêts], comme la Malaisie et l’Indonésie », explique Sylvain Angerand pour Les Amis de la Terre. De plus, la communauté internationale fait pression sur ces pays pour qu’ils stoppent le processus de déforestation et limitent les émissions de CO2. Alors, « les entreprises anticipent et se déplacent vers l’Afrique ». La malaisienne Sime Darby, par exemple, numéro un du secteur, a signé une concession de 220 000 hectares au Liberia pour soixante-trois ans. Deux autres groupes lui ont emboîté le pas. Soit 600 000 hectares dévolus à l’huile de palme. L’Afrique sera-t-elle le prochain grenier à huile ?

La douche passée, on grimpe dans son auto montée sur hévéa. Une matière souvent produite en Thaïlande. Depuis cinquante ans, la production y a explosé : 186 100 tonnes en 1961 et plus de 3,2 millions en 2010, soit un tiers de la production mondiale de caoutchouc d’origine naturelle. La matière brute est envoyée vers la Chine, le Japon, les Etats-Unis. La Thaïlande s’est taillé la part du lion grâce à son climat qui permet un bon rendement (1,76 tonne par hectare). Mais aussi grâce à sa main-d’œuvre bon marché et à sa place stratégique dans le marché Asie-Pacifique. Et sa position risque encore de se renforcer avec la hausse du nombre de voitures sur les routes : la consommation de caoutchouc a augmenté, notamment de celui qui provient de l’hévéa, le synthétique ayant été handicapé par la montée des prix pétroliers.

Si la voiture est électrique, la batterie est faite de lithium. Ce métal est surtout extrait au Chili, qui assure 35% de la production mondiale. Mais qui pourrait être un jour rejoint par son voisin la Bolivie, détentrice des ressources estimées les plus importantes du monde (9 millions de tonnes contre 7,5 millions pour le Chili, à en croire les chiffres de l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis [USGS]). Un jour, oui. Mais les experts doutent de la capacité de la Bolivie à développer rapidement la technologie nécessaire à l’extraction. Quoi qu’il en soit, la consommation du précieux métal est vouée à être multipliée par trois d’ici à 2020, notamment grâce à l’augmentation du nombre de véhicules électriques.

Dans les batteries de véhicules, on trouve parfois du cobalt, un sous-produit des mines de cuivre qui entre dans la composition des piles d’ordinateurs, de téléphones portables… La demande explose. Or c’est la République démocratique du Congo (RDC) qui s’est affirmée sur ce marché. En 2010, le pays fournissait 51% de la production mondiale et détenait 46% des réserves, selon l’USGS. Mais le climat politique qui y règne risque de mettre en danger la viabilité des grands projets d’investissement.

D’autre part, dans un pays frappé par la violence et la corruption, la population profite difficilement de la manne. « La RDC est un pays magnifiquement doté par la nature. Elle a des ressources minérales importantes, un potentiel agricole, hydroélectrique extraordinaire. Malheureusement, le pays est toujours en queue de peloton sur les indicateurs de développement », rappelle Patrice Christmann, chef du service ressources minérales du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). L’est du pays est surtout soumis à la prédation minière de ses voisins, qui y financent une guerre civile très lucrative pour eux.

Cobalt, lithium mais aussi platine en Afrique du Sud, argent au Pérou ou terres rares en Chine. « L’histoire de l’humanité est marquée par la dépendance à l’égard des ressources minérales. Mais aujourd’hui la palette des ressources utilisées s’est diversifiée en raison de la vitesse et de l’ampleur des innovations. Là où nos grands-parents utilisaient principalement du plomb, du zinc et du cuivre, nous exploitons aujourd’hui presque tous les éléments du tableau de Mendeleïev, sauf quelques exceptions », souligne Christmann. Et avec l’augmentation de la population et l’appétit grandissant pour le confort, la gourmandise des pays ne risque pas de s’apaiser de sitôt. Si la demande persiste, il faudra produire d’ici à 2050 « plus de ressources minérales que ce qui a été produit depuis l’aube de l’humanité », écrit-il.

Qui dit nouveaux lieux de production dit nouvelles dépendances. Avec quels risques ? Après tout, la Chine – maîtresse des terres rares – a bien décidé de fermer légèrement les vannes de ses exportations. Que se passera-t-il si d’autres pays décident de couper les robinets ? « A l’occasion de tel ou tel changement, il y a toujours un risque de nationalisation des ressources », précise Christmann. Le World Business Council a notamment imaginé des scénarios pour l’industrie minière en 2030. Un de ceux-ci prévoit le retour à la nationalisation des ressources. La tentation existe, mais le « chacun pour soi » a ses limites, car il existe une interdépendance. « Aucun pays n’a tous les moyens d’assurer l’ensemble de la chaîne d’extraction et de transformation. Ce dont on a besoin, c’est de fédérer les savoirs, dans le respect de l’environnement, de manière responsable et sociale ! »

Alors, la pénurie ? « C’est un risque non négligeable pour certaines applications industrielles, dans les domaines de la santé, des transports, de la construction. Il y a un risque de rupture d’approvisionnement ou d’envolée des prix. Dans ce cas, les industriels devront peut-être faire porter une partie du surcoût aux consommateurs, ce qui entraînerait une inflation. » Alertée, l’Union européenne a d’ores et déjà rédigé un rapport recensant 41 matières premières. La disponibilité de 14 d’entre elles est jugée critique. Sans elles, les pays pourraient bien être obligés de revoir leur appétit dans certains domaines.

Source: Karine Le Loët

Le retour de Leila BEN ALI

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Quelques jours après la sortie de son livre, « Ma vérité »*, Leïla BEN ALI, née TRABELSI, l’épouse du président tunisien déchu, est de retour. Elle vient d’accorder sa première interview depuis son départ précipité de Tunisie le 14 janvier 2011, au plus fort de la contestation qui a chassé son mari du pouvoir après 23 ans de règne.

Depuis, le couple vit en Arabie saoudite, dans un lieu tenu secret. Durant cet entretien, réalisé grâce au logiciel de communication par ordinateur Skype, celle que l’on présente comme la femme la plus détestée du pays répond sans détour. Des tirs à balles réelles sur les manifestants jusqu’aux soupçons d’affairisme en passant par les libertés politiques, elle n’a refusé d’aborder aucun sujet, évoquant ses regrets tout en rejetant de nombreuses accusations portées contre elle. Prudente, elle s’est gardée de commenter les premiers pas du gouvernement de l’islamiste Hamadi Jebali, craignant de « sortir de [son] rôle ». Alors que seul le son était activé, l’ex-première dame a fini par brancher sa webcam en fin d’entretien. Elle est apparue voilée, un brin maquillée, ses lunettes chaussées. Derrière elle, son mari, Zine el-Abidine Ben Ali, vêtu d’un polo blanc, a même fait une courte apparition, afin de « faire taire les rumeurs de mauvaise santé ».

Le Parisien : Pourquoi avoir décidé d’écrire ce livre ?

Leïla Ben Ali. Je voulais donner ma part de vérité pour répondre à la campagne médiatique mensongère dont j’ai fait l’objet en Tunisie, et dans certains pays, sans pouvoir me défendre. J’ai très mal vécu cette période, et c’est encore difficile aujourd’hui. Il y a eu un acharnement contre nous, des mensonges, des faux témoignages.

Le Parisien : Qu’avez-vous pensé au moment des premières émeutes ?

Leila BEN ALI : Je ne parle pas d’émeutes. Pour moi, il s’agit d’un coup d’Etat orchestré, téléguidé, préparé, mais dont j’ignore les commanditaires. Il y a eu une grande manifestation spontanée à Tunis, c’est vrai, comme il y en a parfois aussi en France. En revanche, dans les banlieues, ces soi-disant manifestations étaient organisées pour déstabiliser le pays. Il y a eu des incendies, des pillages. La police était là et n’a pas bougé. Je ne crois pas du tout au scénario d’une révolution spontanée née d’une contestation de la jeunesse.

Le Parisien : Comment s’est organisé votre départ ?

Leila BEN ALI : Nous n’avons jamais eu l’intention de fuir. Le matin du 14 janvier, je me trouvais chez moi. Mon mari m’a téléphoné depuis le palais de Carthage pour me suggérer de partir en Arabie saoudite faire la omra (NDLR : un pèlerinage), le temps que le calme revienne. L’idée n’était pas de lui, mais d’Ali Seriati, le chef de la sécurité présidentielle. A mon grand étonnement, mon mari était là, lui aussi, à l’aéroport. Seriati a tout fait pour le convaincre de partir avec nous, alors qu’il ne voulait pas. Nous sommes partis sans bagages, ni argent, ni passeport.

Le Parisien : Ce même jour, Bernard Squarcini [alors patron des renseignements français] a — écrivez-vous dans votre livre — pris contact avec l’une de vos filles présente à Paris…

Leila BEN ALI : Il lui a dit : « Ne t’inquiète pas pour papa, il est parti en Arabie saoudite. » J’ignore comment il a pu savoir aussi vite que nous avions quitté le pays…

Le Parisien : La révolution a fait 300 morts. Votre mari a-t-il donné l’ordre de tirer sur les manifestants ?

Leila BEN ALI : Jamais. Pour le prouver, l’avocat de mon mari a demandé que les enregistrements des communications entre le président et les ministres de l’Intérieur et de la Défense soient remis à la justice. Etonnamment, le gouvernement transitoire a refusé d’accéder à cette demande. Quoi qu’il en soit, je ne peux que déplorer la perte de vies humaines. Je présente mes sincères condoléances à ces familles. Que Dieu allège leur souffrance et que ceux qui ont donné ces ordres soient jugés.

Le Parisien : Quelles étaient vos relations avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ?

Leila BEN ALI : Ils nous ont toujours soutenus. Jacques Chirac nous a dit une fois : « Comment faites-vous pour avoir une économie aussi florissante sans ressources naturelles ? » Nicolas Sarkozy était tout aussi élogieux. J’ai été déçu qu’il n’affiche pas son soutien au moment de notre départ. Il a même laissé dire que la France refuserait de nous accueillir sur son sol alors qu’il n’en a jamais été question. Le seul à nous avoir soutenus jusqu’au bout, c’est Frédéric Mitterrand (NDLR : ministre de la Culture de Sarkozy).

Le Parisien : Vous dites avoir commis des « manquements » durant vos années de règne…

Leila BEN ALI : Je ne me mêlais pas de politique. Je suis une fille du peuple. Mon quotidien était consacré aux œuvres caritatives et sociales. A côté de cela, j’ai fait en sorte d’aider mes proches à mieux vivre, c’est vrai. J’ai par exemple aidé un de mes frères à obtenir un prêt, mais il l’a remboursé avant de mourir. Ce qu’on oublie aussi, c’est que j’ai aidé des gens que je ne connaissais pas. J’étais beaucoup sollicitée, je voulais bien faire. Dieu est témoin que je n’ai jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Si je me suis rendue coupable d’une faute à l’égard d’une personne, je lui demande pardon.

Le Parisien : Aurait-il fallu plus de libertés politiques ?

Leila BEN ALI : Oui, j’en conviens.

Le Parisien : Quel regard portez-vous sur votre pays aujourd’hui ?

Leila BEN ALI : Je suis optimiste. Je souhaite que la Tunisie retrouve le chemin de la prospérité. J’espère aussi que mes proches, présumés coupables à cause de leur nom, auront droit à une justice équitable. Pour l’instant, il n’y a que de la haine et de la vengeance. Nous sommes nous aussi prêts à faire face à la justice de notre pays dès lors qu’elle est équitable, sans excès ni faveur. Hélas, aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Le Parisien : Comment va votre mari ?

Leila BEN ALI : Il est en excellente santé, et nous sommes toujours un couple soudé, même si cela déplaît à nos détracteurs. Il a écrit un mot et m’a demandé de vous le lire [ce qu’elle fait] : « Je déplore qu’on ait oublié que, pendant vingt-trois ans, l’Etat, sous ma direction, a amélioré considérablement le niveau de vie de chacun et fait de la Tunisie un pays moderne que bien des nations amies citent en exemple. J’admets néanmoins qu’il restait encore des progrès à accomplir et des libertés à mettre en place. J’espère que mes compatriotes me rendront justice en se souvenant du chemin qu’ensemble nous avons parcouru. Je n’aspire, au crépuscule de mon existence, qu’à conserver l’honneur. »


Source : Le Parisien